Letavia

À quoi ressemblait la Bretagne dans les années 400 ou 500 après Jésus-Christ ? Le centre départemental d’archéologie et la troupe de reconstitution historique Letavia nous replongent dans cette époque méconnue.

 

Au Faou, les 20 et 21 juin 2015, les journées nationales d’archéologie ont transformé les alentours du centre départemental d’archéologie en village des Ve et VIe siècles. Qu’on l’appelle très haut Moyen Âge ou Antiquité tardive, c’est une période bien moins obscure qu’il n’y paraît.

Le Conseil départemental, par le biais de son service d’archéologie, nous a replongé dans cette époque avec l’aide de l’association Letavia, une troupe de reconstitution historique.

 

Le Finistère valorise son patrimoine archéologique

 

Le Finistère a donc la chance de posséder un véritable service archéologique avec des chercheurs et un laboratoire au Faou. En lien avec d’autres scientifiques, la collectivité territoriale complète donc les données archéologiques du territoire : en reprenant les fouilles anciennes ou en finançant de nouvelles.

Les fouilles programmées en 2015 dans le Finistère portent sur 5 sites :

Les bénévoles passionnés d’archéologie sont les bienvenus sur ces chantiers de fouilles qui ont lieu en été.

En plus des fouilles programmées, il y a aussi les fouilles d’archéologie préventive qui elles sont menées avant la réalisation de chantiers de construction ou d’aménagement. Elles sont souvent confiées à l’Inrap, l’institut national de recherches archéologiques préventives, mais le service départemental peut aussi s’en charger.

Une fois les données collectées, le service départemental d’archéologie doit remplir une autre mission : la médiation scientifique auprès du public.

Cette médiation peut passer par des conférences, des visites ou portes ouvertes de chantiers de fouilles, mais aussi par de plus vastes opérations comme les animations organisées chaque année à l’occasion des journées nationales de l’archéologie.

 

Les journées de l’archéologie, occasion de médiation

 

Cette année, c’est donc la reconstitution d’un village du Ve siècle qui anime les journées au Faou.

La troupe Letavia est une association, mais ses membres sont de véritables passionnés qui ont le souci de la fidélité historique. Certains de ses membres ou associés sont d’ailleurs des professionnels comme  Simon Pellequer, archéologue et d’historien devenu forgeron par fascination pour les arts du feu et pour expérimenter l’archéologie.

Letavia travaille donc essentiellement sur les Bretons des Ve et VIe siècle, et des IX, Xe (Carolingiens) et XIe siècle.

 

Une période historique de transition

L’hésitation sur son appellation est en soi un indice : le très haut Moyen Âge – ou Antiquité tardive – (Ve-VIe siècles) est une passionnante période de transition entre la fin de l’époque romaine et une nouvelle ère culturelle. La mutation est liée à l’arrivée de populations venues de l’est et du nord de l’Europe. Wisigoths et Francs s’installent sur l’ensemble du territoire hexagonal. En Bretagne, ce sont surtout les Bretons, venus d’outre Manche.

L’administration se fait plus lâche. Les agglomérations sont plus petites ; les nouveaux habitats sont en terre et en bois.

L’artisanat reste de grande qualité, comme il l’était depuis les Gaulois, notamment la métallurgie.

 

Recherches et hypothèses

Letavia reconstitue cet artisanat, mais aussi les techniques de combat et la vie quotidienne de l’époque d’après les recherches menées par les archéologues et historiens. Les membres de Letavia effectuent eux-même des recherches documentaires.

Comme beaucoup de données manquent sur cette époque, il faut aussi émettre des hypothèses à partir de données périphériques ou de l’ergonomie d’usage des objets, ou d’expériences réalisées en conditions d’époque, etc.

 

Cuisine reconstituée…

Par exemple, pour connaître les repas et habitudes alimentaires du haut Moyen Âge on dispose des éléments de vaisselle retrouvés lors des fouilles, de quelques documents, des traces de pollens des plantes cultivées ou cuisinées à l’époque…

C’est ainsi que Gwenn, la cuisinière de la troupe a fait mijoter oignons, beurre, céleri, bouillon de viande au chaudron pendant deux heures voire plus …

Le tout assaisonné aux épices et surtout au miel (car on goûtait fort le sucré-salé au Moyen Âge). Le vin aussi était assaisonné car il était très « corsé » alors que la bière était peu fermentée et donc peu alcoolisée.

On dégustait le tout dans de la vaisselle en bois avec une cuillère (la fourchette n’existait pas encore) ; céramique et verre ne se trouvaient que sur les tables les plus riches.

…ou musique interprétée par expérimentation

Du côté des arts, en particulier de la musique, la reconstitution est ardue pour le barde de Letavia, Dreustan/ Benjamin Simao qui est facteur d’instruments anciens professionnel. Le barde de l’Antiquité tardive reste le garant de la transmission orale ; il s’accompagne d’une lyre dont il joue assis ; un instrument en bois et boyaux d’ovins ou de bovins, parfois décoré de gravures.

L’interprétation de l’instrument repose sur l’analogie avec des situations plus récentes ou contemporaines, sur l’expérience du musicien, et sur des hypothèses car on ignore exactement les techniques et les mélodies du passé, surtout avant l’an mille.