Autour du féminin est un rendez-vous mensuel dans Lem en compagnie de Katell Gut, philosophe qui s’intéresse aux femmes et à leur condition. En décembre, c’est le bassin, que cette sage-femme retraitée vient nous décrire en profondeur.

Pour contacter Katell : catherine.gut29@orange.fr

Le bassin au féminin

Par Katell Gut

Après avoir cheminé courant septembre-octobre et novembre dans des espaces psychiques comme l’intérêt pour l’identité féminine d’oser la transgression, de veiller à ne pas jouer les naïves, et à ne pas perdre le fil intime qui nous relie à notre créativité, et aux divers aspects psychiques qui nous habitent en permanence, je vous entraîne dans l’os, de ce qui nous charpente et structure : notre bassin.

Description anatomique du bassin

Il a une place centrale et fondamentale au milieu du squelette humain, car les jambes ne sont que des sortes d’excroissances, comme les bras d’ailleurs, et l’axe central du corps est constitué par la colonne vertébrale, celle-ci prenant appui (quand on se tient debout ou assis) sur le sacrum prolongé par le coccyx.

Visualiser une portion coudée d’un tuyau de gouttière. Tenez la section haute devant vous, comme si vous pouviez regarder dedans, en imaginant que le coude correspond à votre sacrum et la section basse à l’ogive pubienne.

Le bassin pendant l’accouchement

Petite réminiscence : un jour, alors que vous étiez une fœtus dans le giron de votre mère, logé dans son utérus et relié à son sang par un cordon ombilical, vous êtes arrivé au terme de votre croissance in situ, et le travail d’accouchement a commencé.

Cela s’appelle aussi l’enfantement. Plus joli, non ?

Une fois que le col de l’utérus se sera dilaté suffisamment sous les tiraillements des contractions du muscle utérin, (visualiser votre tête passant dans le col roulé d’un pull).

Cette tête du futur nouveau-né, bien fléchie va présenter son pôle occipital dans la première portion du tuyau de gouttière : dans notre jargon on appelle cela « l’engagement », elle franchit une sorte de saillie osseuse qui marque le pourtour interne du bassin, qui m’a toujours fait penser à une couronne.

Remarque : quand on fait pratiquer une radiographie du bassin c’est bien cet espace que l’on mesure qui a une forme ovale chez la femme et plus triangulaire chez l’homme ; et c’est dans cet espace que la tête de l’enfant doit pouvoir s’inscrire. A savoir que cela est possible grâce au fléchissement du menton sur la poitrine…Via un toucher vaginal en fin de grossesse, le praticien (gynécologue-obstréticien ou la sage-femme) peut apprécier cet espace en parcourant du bout du doigt la saillie de la ligne « inomminée »… et donc, si besoin, préciser cette mesure radiographique avec une échographie qui elle mesurera les dimensions de la tête.

Puis très naturellement sous l’effet conjoint de la pesanteur et de la pression d’extension que produit le petit en poussant avec ses pieds sur le fond utérin, la tête va de l’avant en coulissant et en tournant sur elle-même le long de cet espace intérieur du bassin, qui l’encadre et le moule comme un manchon coudé : on appelle cela la descente ; elle se fait en longeant la « voie sacrée » et c’est dans la majorité des cas, en présentant sa face tournée vers le bas (ou si vous préférez vers l’anus maternel) qu’elle va se présenter au deuxième passage de la gouttière…

Donc, pour arriver à l’air libre, l’enfant devra maintenant s’engager sous l’ogive pubienne, passer sous le pont de la symphyse, tout en faisant pression avec le haut de sa tête et son front sur le périnée ; alors, en défléchissant sa tête, il se démoulera du vagin et se dégagera en écartant les lèvres de la vulve. Vu par la mère, ce crâne rond et lisse ressemble à un soleil levant …encore un effort et la face apparaît au dessus du périnée (là, c’est vu par la sage-femme) et hop, un quart de tour pour laisser passer les épaules et l’enfant est né !

A partir d’une histoire « ordinaire » de mise au monde, on constate que le nouveau-né devra franchir des passages mous (le col de l’utérus et le canal vaginal) et des passages en dur : via sa traversée du bassin, en coulissant le long du sacrum et en passant sous l’ogive pubienne (comme les fenêtres de nos cathédrales gothiques…). Bienvenue à toi, petit de l’homme !

Bien assise sur son bassin

Mais oublions sa fonction dans la naissance, et revenons au bassin dans sa fonction plus quotidienne, pour nous assurer la station verticale et la marche.

Palpez-vous un instant : en eutonie (l’art du tonus juste), Gerda Alexander, conseillait de se coucher sur le sol, et de glisser une balle de tennis entre les chairs et le sol… on peut ainsi percevoir les parties molles souples, celles qui sont nouées, et les parties dures osseuses qui nous constituent.

A l’arrière du dos : vous percevez en bas des lombaires, l’endroit où la colonne s’érige en appui sur la dernière vertèbre sacrée, (pensez à une sorte de faucille, où la poignée correspondrait aux vertèbres lombaires, et la lame à l’arc du sacrum…).

Il est naturel que le bas de la colonne forme un arc en creux (le creux lombaire) qui fait comme une courbe inversée avec le sacrum que vous pouvez assez percevoir jusqu’à la pointe du coccyx.

Il n’y a pas lieu de croire que se tenir droit consiste à corriger ce creux… bien au contraire, accepter son creux lombaire, cela vous permettra une tenue verticale (debout, en marche et assis) plus juste ; le reste de la colonne est construit par l ’empilement des vertèbres dorsales et cervicales, qui forment une sorte de S très allongé, sur lesquelles s’articule la tête via la dernière vertèbre cervicale appelée atlas.

Se tenir droit, consiste davantage à bien garder ses épaules vers l’arrière sans les laisser s’avachir, tout en conservant une certaine tenue dans la nuque, pour garder le visage et le regard en face de soi.

En avant , au niveau du bas ventre, vous pouvez palper votre symphyse pubienne qui forme une sorte de pont, qu’on appelle aussi ogive pubienne, où se rejoignent les deux os iliaques par des ligaments très costauds et denses ; elle constitue une articulation fixe.

Sur les flans, les deux os iliaques sont plus difficiles à percevoir au palper car inscrits dans les chairs (voire la graisse)  ; vous pouvez toutefois percevoir vos crêtes iliaques à droite et à gauche, qui font un peu saillie, à une distance de tranche de la main sous le côtes ; et aussi, quand vous êtes assis sur un plan dur, vous pouvez sentir deux saillies osseuses qui sont quelque part dans la chair des fesses, à droite et à gauche ; il suffit de pratiquer des petits balancement d’avant en arrière pour les percevoir. D’une certaine façon, c’est en vous tenant en équilibre sur ces deux saillies osseuses que vous obtiendrez la plus juste station assise… avec un creux lombaire, un dos redressé, la nuque tendue, les épaules redressées vers l’arrière, et un abdomen détendu, qui permet une respiration ample et tranquille….

Sur les côtés : au niveau des hanches, on palpe la saillie de chaque humérus souvent assez sensible au toucher. L’articulation de l’os de la jambe dans le bassin se fait au niveau d’une petite loge en creux qui reçoit la « tête » du fémur, comme une porte reçoit la clé dans sa serrure.

Regardez cela sur des dessins de squelette, chez un kinésithérapeute ou sur des plans en 3 dimensions, et admirez la manière dont la jambe s’articule au bassin, pour permettre la station verticale à l’être humain. Une petite merveille d’équilibre…pour passer de la station marche à quatre pattes à la station marche sur deux pieds….

Le bassin humain et la marche bipède

A propos de la marche, vous avez probablement observé comment les gens d’une même famille ont la même manière de marcher… certains présentant de grands roulis dans les hanches et d’autres donnant l’impression de se déplacer plus avec leurs bras qu’avec leurs jambes, etc.

Toute fois, les personnes qui ont un port dit altier, ou de reine, ont une démarche, qui ressemble à un glissement. Faites l’expérience devant une glace et tentez de faire un ou deux pas SANS bouger votre bassin. Le mieux étant de faire l’expérience pieds nus.
Je vais décomposer pour vous ce mouvement, et ainsi vous permettre d’apprécier en conscience et en proprioceptif, ce que signifie : MARCHER.
Debout, les pieds joints, restez bien cambrée, la nuque un peu étirée, le regard droit devant vous ; les épaules tenues en arrière et la bras pendant le long du corps ; votre poids se répartit sur les deux jambes .

Dans un premier temps, faites porter la charge sur une seule jambe et décoller l’autre du sol en restant un instant en appui sur les orteils du pied, puis en pliant le genou, faites une petit pas (à peine plus la longueur de votre pied). Réalisez ce geste en gardant la jambe qui avance tendue, et en posant le talon, d’abord, puis le reste du pied. Tout naturellement, l’autre jambe se retrouve en arrière, et, elle aussi, gardez-la le plus possible tendue (il faut résister à plier le genou) avec le pied entièrement posé au sol (cela va vous faire penser aux personnages égyptiens représentés sur les temples et autres pyramides…). Sur ce temps de la marche votre bassin ne doit pas bouger, ni en se tordant, ni en basculant sur le côté, mais devrait juste s’être déplacé horizontalement pour se retrouver au milieu de l’espace de ce premier pas. A cet instant, votre poids, qui se trouvait porté sur la jambe arrière, va se répartir également sur vos deux jambes… ressentez-le.

Dans un deuxième temps , vous allez transférer votre poids sur la jambe avant tout en gardant la jambe arrière tendue, la cambrure lombaire assumée. Cela vous obligera aussi à assouplir votre cheville arrière, alors que vous transférez la charge du corps au niveau des orteils.

Si la jambe est restée tendue, en appui sur les orteils, elle se trouve un peu plus longue que la jambe avant, n’est-ce pas ? Si vous décidez de ne pas bouger votre bassin, c’est la hanche qui devra se soulever un peu et agir un instant sur la cambrure lombaire tout en obligeant les muscles fessiers de cette jambe arrière à se contracter plus fort. Maintenant, votre appui se porte fortement sur les orteils, pliés à leur maximum, et seulement maintenant, acceptez que le genou se plie, et que la jambe s’élève, le pied quittant le sol, (si vous le souhaitez, vous pourrez amener votre cuisse jusqu’à l’horizontale, en vous aidant des bras pour garder l’équilibre, si besoin) ; dans ce moment-là tout le poids pèse sur la jambe qui est au sol, à la verticale avant qu’elle ne devienne, évidemment, la jambe arrière, quand vous déploierez l’autre jambe pour l’avancer d’un nouveau pas vers l’avant, ce qui amènera à nouveau votre bassin à translater à l’horizontale vers l’avant…votre poids se répartissant sur les deux jambes (voire l’entre-jambe, car percevez-vous combien dans cet espace temps très court, le bassin porte aussi une part de notre poids… non ? ). Gardez votre attention sur la jambe qui vient de passer de l’arrière à l’avant, qui vient se poser au sol, sur son talon d’abord, puis la totalité du pied…. la jambe qui est derrière, restant le plus longtemps possible en extension, avant de plier le genou pour un troisième pas… et ainsi de suite.

Pratiquez tout cela le plus lentement possible pour ressentir votre capacité d’équilibre et de marche…vous pouvez naturellement y ajouter un mouvement des bras en les déployant à l’horizontal, sur vos côtés comme on ferait d’un balancier et y associer une respiration, avec l’inspir sur le temps du déplacement de la jambe qui s’élève pour aller vers l’avant,, et l’expir au moment où la jambe se pose sur son talon et déroule le pied entièrement sur le sol.. Montez vos bras à la verticale au moment de « l’entre deux » et réalisez une station d’équilibre sur un étirement vertical, dans un temps où votre souffle s’interrompt…ce geste en conscience tient tout à la fois de l’exercice de gymnastique et de la méditation…non ?

Cette expérience de marcher en conscience, de percevoir dans le détail chaque déplacement, tension des muscles et mouvement des articulations est une façon simple et intéressante d’entrer en contact avec son corps, et particulièrement son bassin… ce corps vivant qui vous porte tout au long de votre existence.

Je réalise en relatant cette expérience de marche, combien elle a à voir avec la descente en trois temps du bébé à sa naissance…combien elle résonne avec notre recherche d’équilibre toujours à reconquérir.

Travail du bassin et prévention des fuites urinaires

La vessie est une sorte de petit sac extensible, logé au dessus de la symphyse pubienne, et sa fonction est de se remplir d’urine, jusqu’à ce qu’il se produise une certaine tension dans les parois de la poche, où des nerfs vous informent qu’il est temps de trouver un petit coin, tranquille et discret, pour pouvoir la vider.

Remarque : les reins ont pour fonction de filtrer le sang pour, à la fois lui garder ses constantes ioniques et l’épurer dans la perspective du maintien de notre santé, et ceci en permanence au rythme des battements cardiaques qui adressent le sang artériel aux reins. Ceci pour rappeler à tout un chacun que faire pipi est aussi utile au corps que la respiration, pour éviter l’acidification du sang en gardant un PH neutre.

Il existe deux causes bien différenciées aux soucis de fuites urinaires.

La première cause est d’origine nerveuse, voire sociétale... car une certain nombre de femmes prennent l’habitude de se retenir de pisser, sur de longues périodes, pour ne pas avoir à s’interrompre dans leurs activités, comme la standardiste dans un cabinet médical… Ces “rétentions” finissent par malmener et faire dysfonctionner le mécanisme nerveux qui préside à la fonction physiologique urinaire. Ces femmes doivent réapprendre à s’écouter et se respecter dans leur besoins basiques, sous peine d’être ennuyées par des besoins pressants, qu’elles ne peuvent plus retenir…ni contenir…
Dans le cadre neuro-psychique, on connaît tous et toutes cette circonstance où une peur panique, un stress qui nous terrifie, peut déclencher une ouverture non contrôlée des sphincters, parfois des deux sphincters…
Donc, souvenons-nous que, si la physiologie a prévu la possibilité d’ajourner, une à plusieurs fois de suite l’envie d’uriner, il ne faut pas en abuser, au risque d’abîmer la machine. Il s’agit probablement d’un réflexe archaïque (comme les cycles du sommeil) pour donner le temps à nos ancêtres femmes des premiers âges de trouver une cachette pour « baisser culotte » à l’abri d’un prédateur, x ou y.

L’autre grande cause de fuite urinaire, est d’origine plus mécanique et survient parfois après un accouchement, mais assez souvent aussi, à la suite de jogging et course à pied ou gymnastique, où l’attitude corporelle n’est pas assez consciente, et finit par entraîner une descente du globe vésicale à l’intérieur du bassin.
Visualisez une ligne imaginaire qui part de votre symphyse pubienne et s’étire d’avant en arrière, à l’intérieur de l’espace de bassin, jusqu’à la pointe de votre coccyx ; sachez que dans cet espace haut du bassin, délimité en bas par cette ligne, existe une pression abdominale interne, qui agit sur votre vessie (et d’ailleurs aussi sur votre utérus, logé, juste derrière elle, dans votre bas ventre). Cette pression interne participe à tenir bien fermer le petit sphincter qui ferme l’uretère (ce petit manchon en bas de la vessie, qui a la même fonction que le robinet d’un tonneau).
Si pour différentes causes, votre vessie se trouve déplacée plus bas que cette ligne douanière, dans l’espace intérieur de votre bassin, le fait d’avoir quitté sa position physiologique et naturelle enlève une pression extérieure sur le sphincter, qui va alors laisser s’échapper quelques gouttes (voire plus) lors d’une secousse intempestive comme lors d’un éternuement ou un éclat de rire…ou un choc lié au rebond du pied au sol.
Le prolapsus vésical trouve son origine dans l’accouchement à cause d’efforts d’expulsion mal dirigés, ou lors d’efforts répétitifs pour soulever des charges, sans précaution, sans conscience de l’ergonomie du geste, alors que toute la tension de l’effort musculaire envoie une pression puissante sur les lombaires et sur le bas ventre et le périnée.
Aujourd’hui, à cause de la mode du jogging, les gynécologues reçoivent des jeunes filles qui se plaignent de fuites urinaires. Pourquoi ? Et bien tout simplement parce que les secousses de leur pas finissent par entraîner le sphincter de leur vessie, quelques millimètres en dessous de la ligne dont je viens de vous parler … il suffirait en fait d’être avertie d’ un petit geste simple, à pratiquer avant la mise en route de sa course.
Il consiste à basculer d’un cran votre bassin, pour que les secousses déclenchées par vos petits sauts ne répercutent pas la pression abdominale liée à la pesanteur et aux chocs des pas, sur cette partie inférieure de la gouttière mais la renvoie sur les muscles qui sanglent votre paroi abdominale.
N’oubliez pas que le bas du bassin n’est obturé que par un ensemble de muscles et ligaments. Ils constituent comme une toile tapissant l’intérieur du bassin et se prolongeant de manière entrecroisée jusqu’au périnée.
Donc, au préalable de la course, prenez la précaution de basculer la pointe du sacrum vers l’avant (un peu comme le chien qui met sa queue entre les jambes, quand il se sent fautif…) tout en gardant le dos bien vertical. Vous percevrez que votre bassin a basculé légèrement vers le bas au niveau des grosses vertèbres lombaires (votre cambrure lombaire en est un peu moins accentuée) et que la symphyse pubienne quant à elle, se trouve un peu relevée vers le haut, ce qui entraîne une petite mise en tension de toute la sangle musculaire des abdominaux.
Ce geste simple permet à la fois, à la vessie de restée maintenue dans l’espace protecteur abdominal et à la foulée de des joggeuses d’être plus souple et déliée. A vos baskets mesdames !