Michel Olagnon, ingénieur en structures marines et chercheur en océanographie et météorologie à l’Ifremer, spécialiste des vagues scélérates.

Les vagues qu’on dit scélérates portent bien leur surnom : rares, inattendues, très hautes et très abruptes, donc très dangereuses pour les marins. Malgré les études et les mesures statistiques – dont celles des chercheurs de Brest – les conditions de leur formation restent mystérieuses.  

Pour en savoir plus : Anatomie curieuse des vagues scélérates de Michel Olagnon, illustré par Janette Kerr, éditions Quae.

Plus de deux fois plus hautes que les vagues moyennes

Il existe plusieurs types de vagues “hors normes” : les vagues de tsunamis causées par des séismes, celles qui sont dues à des effondrements de terrain et se propagent d’une rive à l’autre d’un lac ou d’un océan – tant que rien n’arrête la vague, elle continue à se propager – et les vagues scélérates. Ces dernières se forment comme la plupart des vagues, sous l’action du vent, à l’occasion des tempêtes. Sauf que leur hauteur va dépasser d’au moins deux fois la taille des vagues moyennes qui les entourent, avec en prime une courbure particulièrement raide. Une vague scélérate n’a donc pas de hauteur minimale ou maximale, c’est une question de rapport de dimension. C’est là qu’intervient le caractère “inattendu” de la vague scélérate. 

La vague scélérate, mesurée scientifiquement depuis 1995

Certaines vagues extrêmes peuvent être prévues, comme celles du courant des Aiguilles, le long de la côte Est sud-africaines, qui se forment par la conjonction d’une houle de tempête et de ce courant marin permanent. Mais les vagues scélérates, elles, sont imprévisibles. Dans les zones et au moment où elles surgissent, elles ne devraient pas être aussi hautes ni aussi abruptes, au regard de leurs voisines. 

Pourtant, elles existent bel et bien. Les récits de marins ont de tout temps mentionné des vagues exceptionnelles et monstrueuses, quand les survivants pouvaient témoigner… Dans les années 1970, des plateformes pétrolières présentaient les stigmates bien caractéristiques du choc contre un mur d’eau évalué à 30 mètres de hauteur. Des paquebots et ferries en ont aussi subi.

Mais ce n’est qu’en 1995, sur la plateforme pétrolière Draupner qu’on a pu mesurer scientifiquement une vague scélérate, attestant de la réalité du phénomène.

Prévention contre les vagues scélérates, à défaut de prévision

Terminée la “légende maritime”, place à la science. Michel Olagnon, au départ ingénieur en structures marines pour l‘Ifremer, a fait partie de ces chercheurs qui ont étudié les vagues scélérates. Il s’agissait d’éplucher les statistiques de mesures de vagues pour en définir les caractéristiques, les causes, la fréquence hypothétique et le risque d’en rencontrer (un marin qui navigue toutes sa vie est susceptible d’en croiser au moins une). 

On ne peut cependant toujours pas prévoir les vagues scélérates, parce qu’on ne cerne pas vraiment les conditions de leur formation. On a pu recréer des vagues scélérates en bassin, mais selon plusieurs modèles qui tous fonctionnent. Quel est celui qui est à l’œuvre dans la nature, à savoir dans toutes les mers et tous les océans du globe ? Mystère…
Alors à défaut de prévoir la vague scélérate, on cherche à se prémunir contre ses dégâts : charpente et structure des navires sont désormais conçues pour résister au mieux au choc d’un mur d’eau géant.