“L’école et ses filles : sur le chemin de l’égalité ?” : le musée de l’école rurale de Trégarvan propose à ses visiteurs de s’interroger sur le rôle des programmes et de l’organisation scolaires dans les rapports sociaux entre les femmes et les hommes, de la IIe République à nos jours. Une exposition à découvrir du 26 mai au 3 novembre 2019. 

L’école est le premier lieu de sociabilité des humains, son influence est donc majeure dans la détermination et le renforcement des “rôles sociaux”,  notamment ceux qu’on assigne aux filles et aux garçons. De même que l’école de la République a été accusée de “fabriquer de la chair à canon” avant la Première guerre mondiale, l’institution scolaire n’a-t-elle pas perpétué les stéréotypes de genre au cours de son histoire ? Et qu’en est-il de l’école d’aujourd’hui ? Comment les récents débats sur les rapports femmes/hommes croisent-ils la question scolaire ? 
Vaste sujet auquel s’intéresse le musée de l’école rurale de Trégarvan au travers de cette exposition “L’école et ses filles : sur le chemin de l’égalité ?”

La mixité, mais pas forcément l’égalité 

Dès 1850 et la IIe République, la loi Falloux prévoit expressément l’instruction pour les filles (qui n’allait donc pas de soi avant). Et l’école obligatoire des lois Ferry établit que tous les enfants – filles comme garçons – sont concernés. Les écoles “classiques” comme celles dans laquelle le musée de l’école rurale de Trégarvan est installé, prévoient donc cette mixité dans leur architecture même. Si l’argent manque, à défaut de 2 écoles avec un bâtiment et une cour pour chaque sexe, on distingue deux entrées : l’une pour les filles, l’autre pour les garçons.
Cette séparation répond surtout à un impératif moral, sous la pression de l’Eglise catholique. Il existe des cas de mélange des filles et des garçons quand les effectifs sont réduits, en milieu rural. On parle de “gémination” : les plus petits sont confiés, filles et garçons ensemble, à …une institutrice. 
Quand ils se côtoient, filles et garçons sont instruits séparément. 

Des programmes scolaires différenciés jusqu’en 1968 

Les programmes restent longtemps différenciés – et les manuels scolaires aussi – dans deux matières : sciences appliquées et éducation physique et sportive. Les exercices corporels proposés aux filles sont proches de la danse, tandis que les garçons suivent des entraînements quasi-militaires. En “‘sciences appliquées”, les filles étudient les travaux d’aiguille, de la couture à la broderie, et ce jusqu’en mai 1968 ! L’exposition présente d’ailleurs en son centre une œuvre contemporaine d’art textile et de broderie qui fait écho aux ouvrages des écolières de jadis : Filles à fil de Paty Vilo a été réalisée avec l’aide des résidentes des structures d’hébergement pour personnes âgées de la ville de Douarnenez ; elle a valu au musée de l’école rurale un label “Le musée sort de ses murs” du ministère de la Culture. 

Aujourd’hui encore, les chercheurs pointent la persistance d’inégalités entre les élèves des deux sexes ; les géographes ont ainsi scruté les cours de récréation et pointé une occupation de l’espace inégale entre filles et garçons. L’exposition du musée présente d’ailleurs les jeux d’autrefois, la plupart bien stéréotypés. 

L’école et ses filles : vers le chemin de l’égalité ?
Exposition à découvrir au musée de l’école rurale de Trégarvan, du 26 mai au 3 novembre 2019