Energie marémotrice, éolien en mer, hydrolien, houlomoteur…les énergies marines renouvelables sont désormais en plein développement malgré le retard des projets industriels en France. Leur installation pose la question de leur impact sur l’environnement, notamment au regard des populations locales et usagers de la mer. Focus sur la Bretagne et le cas de la baie de Saint-Brieuc. 

Charlène Kermagoret est docteure en économie écologique à l’Ifremer, rattachée à l’UMR- Amure ; sa thèse, soutenue en 2014, avait pour titre : La compensation des impacts sociaux et écologiques pour les projets d’aménagement: acceptation, perceptions et préférences des acteurs du territoire. : Application au projet de parc éolien en mer de la baie de Saint-Brieuc (Bretagne,France)

L’essor des énergies marines renouvelables

Historiquement, la première énergie marine renouvelable (EMR) exploitée en France c’est celle de la marée, avec l’usine marémotrice de la Rance construite près de Saint-Malo en 1966. On en connaît bien aujourd’hui les impacts écologiques, en particulier l’envasement de l’estuaire du fleuve ou l’entrave à la circulation des poissons migrateurs. En revanche, les autres EMR sont encore en devenir ou en phase de test : hydroliennes pour utiliser l’énergie des courants marins en profondeur, captation de la houle (houlomoteur), de l’énergie thermique des mers, de l’osmose (exploitation du différentiel de salinité entre eau de mer et eau douce, dans un estuaire) … Toutes les technologies EMR sont cependant en plein essor car la France s’est engagée auprès de l’Europe à réduire son recours aux énergies fossiles (gaz, pétrole), productrices de gaz à effet de serre, et à l’énergie nucléaire (en raison de la nocivité et de la pérennité des déchets). 

L’éolien off-shore en France et en particulier à Saint-Brieuc

L’énergie éolienne au large (off-shore) est exploitée depuis plusieurs années dans plusieurs pays d’Europe (Danemark, Royaume-Uni, Allemagne). Mais en France, les champs d’éoliennes en mer sont encore en phase expérimentale et les projets industriels ont pris du retard. Ainsi, celui de la baie de Saint-Brieuc (plus gros projet EMR en Bretagne) sur lequel a travaillé Charlène Kermagoret n’est pas encore sorti des flots. Il prévoit une soixantaine d’éoliennes posées (avec un socle reposant sur le fond de la mer, contrairement à d’autres projets dont les éoliennes tournent sur flotteurs) pour une production de 1820 GWh par an, à une douzaine de kilomètres des côtes. L’appel d’offres a été lancé en 2011 (remporté par un consortium mené par une société espagnole) et la construction pourrait commencer en 2021 (durée du chantier : 2 ans). 

Au départ, le projet a suscité méfiance et opposition. Charlène Kermagoret a rencontré les acteurs et usagers locaux en particulier sur la question des compensations. 
L’impact sur l’environnement des parcs éoliens off-shore est évalué par une étude, mais un diagnostic préalable reste de l’ordre de l’hypothèse. On ne fait qu’estimer les effets potentiels sur les fonds marins, sur les espèces animales et végétales ou sur les courants.  On a pu évaluer l’impact des champs éoliens en place dans d’autres pays mais chaque cas est particulier. 

Compensation des impacts environnementaux des sites de production EMR

Les opposants au projet se sont constitués en collectif de défense de l’environnement et du patrimoine et ont déposé des recours. A Saint-Brieuc, ces opposants sont les seuls à dénoncer le choix politique des EMR plutôt que celui de la réduction de la consommation énergétique. Pour eux, la compensation financière a peu de sens. Ils réclament plutôt concertation et transparence, y compris dans le suivi du parc éolien quand il aura vu le jour.
Les pêcheurs professionnels (de coquille Saint-Jacques ou au chalut) sont quant à eux sensibles aux compensations financières et ont pu négocier directement avec le porteur de projet. La pêche sera par ailleurs autorisée au sein du parc éolien.
Les navigateurs de plaisance et pratiquants de pêche récréative sont plutôt partagés.
Les naturalistes quant à eux sont plutôt favorables au projet, en raison de l’effet récif des socles d’éoliennes (les espèces s’y fixent).
Pour ces deux derniers groupes, les compensations attendues ne sont pas de l’ordre de l’indemnisation financière mais ils attendent plutôt de l’opérateur des mesures en faveur de la baie et de tous ses usagers, pas forcément en connexion avec l’activité de production énergétique : réensemencement des coquilles, lutte contre les crépidules (espèce invasive de coquillages).

Théoriquement, tout projet industriel doit “éviter, réduire et compenser” ses impacts sur l’environnement. On constate généralement que c’est le volet compensation qui est le plus souvent privilégié et que les efforts d’évitement ou de réduction restent très (trop ?) marginaux.