Depuis les années 1960, tout l’aménagement du territoire en France s’est organisé autour de la voiture. Elle a accéléré nos déplacements et agrandi la portée de notre mobilité. Aujourd’hui, l’automobile nous est tellement indispensable que les mesures de restriction ou de limitation soulèvent inévitablement des questions sociales. 

Martin Claux, maître de conférence en aménagement de l’espace et urbanisme, UBO – EA7462 Géoarchitecture Territoires, Urbanisation, Biodiversité, Environnement.

Membre du projet POPSU – Brest Métropole

Alors que les députés se penchent sur la loi mobilité, que les questions d’environnement liées aux transports se font plus cruciales (réchauffement du climat, pollution de l’air), la place de la voiture devient un épineux problème, notamment social. Le mouvement des Gilets jaunes, perçu comme la révolte des habitants des “périphéries”, est né d’une question de mobilité : le coût du carburant renchérit celui des déplacements pour des habitants éloignés des centres-villes et des zones d’emploi. Les autres modes de transports, dans les zones rurales ou périurbaines, restent insuffisants pour se substituer à l’automobile. 

Un territoire aménagé par l’usage de la voiture

Tout le territoire français a en quelque sorte été façonné par l’automobile. En accélérant la vitesse de nos déplacements, celle-ci a non pas diminué le temps que nous passons à nous déplacer, mais elle a agrandi l’espace. On se déplace de plus en plus loin grâce à la voiture, quand autrefois on devait se contenter du cheval ou de ses pieds. Résultat, nos villes se sont étalées, notre habitat s’est dispersé, nos entreprises et centres commerciaux se sont installés le long des voies routières, loin des centres des communes.
De familiale, la voiture est devenue personnelle et …incontournable, irremplaçable dans bien des zones géographiques. La plupart des habitants du Finistère en font l’expérience quotidienne. Et encore échappent-ils aux frais de péage autoroutier auxquels sont confrontés les automobilistes d’autres régions. 

Restrictions automobiles : arguments écologiques et question sociale 

Cette omniprésence et quasi “addiction” à la voiture soulève aujourd’hui des questions liées à l’environnement. Pollution de l’air, émission de gaz à effets de serre, l’automobile est devenue indésirable dans bien des centres-villes, des métropoles comme Paris ou Marseille, aux villes plus modestes comme Quimper. Cependant, alors que les politiques d’exclusion de la voiture s’appuient sur des arguments liés à l’écologie et à la santé, les effets de ces politiques sur l’environnement sont en fait très limités. Peu d’automobilistes renoncent réellement à utiliser leur voiture. Plus des trois quarts reportent leurs trajets sur d’autres axes routiers…La piétonnisation d’un centre-ville relève davantage de la valorisation du paysage et du patrimoine, que de la politique environnementale. En revanche, socialement, les inégalités se creusent entre les “décideurs”, majoritairement habitants des centres-villes, et les populations des périphéries sur qui pèsent les contraintes de déplacement pour accéder aux emplois, services et équipements des centres urbains. 

Une politique sociale de mobilité : péréquation et relocalisation ? 

Finalement, intégrer la question sociale dans les politiques de mobilité et d’aménagement du territoire suppose davantage de repenser la localisation des emplois, des services publics, des commerces que de développer des réseaux routiers ou de transport tous azimuts. Il s’agit cette fois de rééquilibrer les efforts financiers. Alors qu’ils se sont concentrés vers les villes-centres où on investit pour développer tramways pour les réorienter vers les territoires péri-urbains ou ruraux. 

Pour en savoir plus, quelques publications de Martin Claux

La ville mobile gouvernée : intercommunalités, politiques de déplacements et trajectoires de développement dans la région urbaine marseillaise (thèse)

Réguler le stationnement en ville : les coûts sociaux et environnementaux de l’attractivité urbaine, Flux 2016/1 (N° 103-104)