Cette première émission – Vous reprendrez bien un peu de science-fiction ? – est une introduction. Elle permet de passer en revue l’histoire de la SF mais aussi d’en donner une définition, au moins de qualifier le thème de ce rendez-vous radio mensuel de 26 minutes. Au fil des émissions, cette vision de la science-fiction se déclinera en romans, BD, films, dessins animés, séries télévisées, jeux vidéo…

Par Rémy Toularastel

Je vais vous parler de science-fiction….

Mais avant de commencer, on va poser les bases de ce que je pense être la science-fiction. D’après le dictionnaire Larousse : c’est un genre littéraire et cinématographique qui invente des mondes, des sociétés et des êtres situés dans des espace-temps fictifs (souvent futurs) et qui implique des sciences, des technologies et des situations radicalement différentes. Je préciserai : différentes de notre réalité.
C’est la définition de base, elle est forcément vague tant le domaine est tentaculaire.

Depuis quand parle-t-on de science-fiction, quelle est la première œuvre de SF ? Le terme science-fiction apparait dans les années 1920, avant on parle plutôt de merveilleux scientifique.
Le premier livre traitant de SF est bien antérieur, il s’agit du Frankenstein de Mary Shelley en 1818.
Les œuvres qui ont pu paraitre avant sont plus du domaine du fantastique.

Donc quelle est ma vision de ce qu’est la science-fiction. ou  plus précisément de ce qu’elle n’est pas ?

Ma vision de la SF exclut : les dieux, les magiciens, les trolls, les elfes, les esprits, les revenants, les vampires, les uchronies (quelques-unes pourrait toutefois trouver grâce à mes yeux),

La SF est une sorte d’enveloppe qui habille un autre genre, par exemple le policier dans Blade Runner, la romance dans Passengers ou encore la lutte des classes dans Hunger games….
C’est aussi son point faible, la science-fiction ne se suffit pas à elle-même.
C’est par ce biais que l’on dénigre la SF , on la qualifie de “sous-genre”  réservé a des ados boutonneux ou des geeks… boutonneux eux aussi….

Il est dommage de la restreindre à un public bas de plafond qui vit dans sa bulle. La science-fiction permet de multiplier les possibilités, de créer des univers entiers comme pour la série télé Star-Trek.
On se trouve plongé dans des situations complètement opposées, du huis-clos de Sunshine au space opéra de Star-wars.
Mais il est vrai que parfois le « vernis » SF a pour but de juste masquer des grosses lacunes scénaristiques, ou alors écouler des tonnes d’accessoires pyrotechniques …C’est ce qu’un youtubeur critique de cinéma, Durendal pour ne pas le nommer, résume dans une sentence lapidaire : « ta gueule, c’est magique ! »
Il ne faut pas se braquer dès qu’on voit un vaisseau spatial ou le premier extra-terrestre…
Ce n’est pas toujours signe d’une œuvre totalement bâclée ou irrationnelle. L’univers présenté dans un livre ou à l’écran, même si il est totalement imaginaire est le fruit d’une réflexion de son auteur. Il ne sort pas les ingrédients de sa fiction comme tirés au hasard d’un chapeau ou au cours de partie de Kamoulox ! Il extrapole une situation classique pour la confronter à une réflexion spéculative sur un avenir proche ou lointain. Ou dans le passé : vous savez : il y a bien longtemps dans une galaxie lointaine, très lointaine….

Il est vrai que certains films ont mal vieilli, le style de la réalisation et notre culture scientifique actuelle nous font parfois rire doucement… Mais c’est le lot de tous les films de genre. Si vous avez l’occasion, jetez un œil au premier James Bond…Les œuvres qui se situent dans le futur par rapport à leur époque de publication/diffusion reflètent l’état d’esprit de leur époque. Ils ont fait un choix quant au futur qu’ils espèrent ou craignent.
Les questions politiques, sociétales voire écologiques transpirent forcement dans chaque œuvre.
Dans Métropolis de Fritz Lang, c’est la lutte des classes et la dénonciation d’un productivisme fou.
Après-guerre, on voit des martiens partout. Ils viennent d’une planète rouge … les communistes aussi en quelque sorte.
En 1982, Blade Runner décrit un Los Angeles de 2019 pluvieux, sombre , pollué. Une dystopie écologique ? Peut-être …

Pour ce qui est du Mecha-design, c’est-à-dire les éléments non-biologiques comme les voitures , robots ,engins volants….), il est de façon encore plus nette , le témoin d’une période précise. Le mécha-design suit les modes de chaque époque. Il doit paraitre en avance sur son temps et, forcément, il se fait plus ou moins rapidement dépasser … Au début de la SF moderne, l’art déco règne en maitre sur le design et on le retrouve dans les illustrations des romans. Dans les années 50 les vaisseaux spatiaux brillent de mille feux et disposent d’innombrables appendices aérodynamiques. Les années 70 post-Apollo, voient les ordinateurs débarquer avec des murs entiers de boutons clignotants, d’armoires à bande magnétiques et fiches cartonnées. Avec le développement des écrans plats, la mode est maintenant à des hangars sombres ou trône une multitude d’écrans plats devant lesquels des opérateurs tapent frénétiquement sur des claviers.
Petite digression : il n’y a que moi que ça gène cette mise en scène ? Je m’explique : on voit un personnage qui dit : « je lance une analyse spectro-machin » et il tabasse littéralement son clavier. Quand on lance un programme, ça se fait en 2 ou 3 clics de souris, au maximum. Là on a l’impression qu’ils écrivent le programme. Ça ne se fait pas comme ça dans le feu de l’action. Evidemment à l’écran, ça fait classe et rythmé le nerd de service qui « pisse » des lignes de code en live.

Revenons à nos moutons électriques.

Par quel bout appréhender la SF ?

Le plus simple reste le cinéma ou la télé, mais attention. Il y a science-fiction et science-fiction.
Les grands classiques ne sont pas forcement les plus simples à aborder.
Par exemple : 2001, l’odyssée de l’espace. C’est à mon avis, un des plus grands films de science-fiction. Mais, comme je disais un peu plus tôt, la réalisation trahi son âge. De grands passages sans musique, ce qui est très rare aujourd’hui. Parfois il se passe plusieurs minutes sans autre habillage sonore que les bruits ambiants. Ou alors des séquences simplement accompagnées de musique classique. On se le garde pour plus tard…
Alors Blade Runner ? Mouais, mais la mise en scène de Ridley Scott divise. Une ambiance sombre , humide pour le moins dystopique. Faut pas le voir un jour de moins bien…

Pour bien commencer la science-fiction au cinéma, je vous conseillerais un réalisateur : Steven Spielberg.
Rencontre du troisième type, ET, Jurassic Park, hé oui c’est de la SF !!, Intelligence artificielle, Minority report, La guerre des mondes.
Petite précision, pour moi les extra-terrestres, c’est de la SF. Le fait de rencontrer des extra-terrestres, sur Terre ou ailleurs est le fruit d’une science différente dans un espace-temps diffèrent. (Rappelez-vous de la définition !)

Revenons à nos moutons électriques.

Pour ce qui est des séries tv, là, il y a à boire et à manger. Pêlemêle : Stargate sg-1 , classique mais qui passe bien avec une bonne dose d’autodérision.
Par contre, oubliez Stargate Atlantis : un décor en carton pâte, un casting qui essaye de faire comme Sg1 mais …ça ne marche pas.
Dans la même famille , il y a Stargate Universe. Ambiance sombre voire dépressive, mais d’une grande inventivité , dans la veine des séries des années 2000. Mais trop en décalage avec la franchise Stargate, elle ne durera que 2 saisons.
Fringe, une histoire de mondes parallèles, de monstres etc.. . Une sorte de x-files revisité.
La série X-Files n’est pas complètement une série de SF, on y parle aussi de fantômes, de revenants…
Comme quoi la science-fiction n’aime pas être rangée dans des cases….
Il y a aussi Docteur Who, les nouveaux épisodes à partir de 2005. Les plus anciens, je ne connais pas assez.
Je conseille également Babylon 5, série qui va commencer à vieillir au niveau de la réalisation mais qui parle de cohabitation inter-espèces et de politique, hé oui ,ça existe.
Et la meilleure pour la fin : Battlestar Galactica, le remake de 2003. Comme pour stargate universe, qui – soyons honnête – a essayé de surfer sur le succès de Battlestar Galactica. Une ambiance sombre ,très sombre. L’histoire : les colonies humaines sont décimées par l’attaque des Cylons, des robots créés par les humains. Les survivants fuient les Cylons dans une flotte disparate de vaisseaux à la recherche de la planète dont sont originaires les colonies : la Terre. Sortie dans la période post 11 septembre, elle donne un sentiment d’abattement, de résignation, d’une tentative de survie malgré tout contre un ennemi implacable. Ne partez pas ! elle est sobre ,superbement réalisée, en majorité en huis-clos. C’est un effet un peu contre-intuitif, on est dans l’espace, infini par définition et on se retrouve enfermé dans des vaisseaux étriqués. Les personnages sont bien écrits, forcement avec leurs failles et leurs secrets.

Vous préférez commencer par la littérature ?  Pas de soucis !

Vous voulez commencer par la littérature classique, ne bougez pas, j’ai ce qu’il faut : De la Terre à la Lune par Jules Verne.
Dans mon panthéon d’écrivains de science-fiction , vous trouverez : Isaac asimov, Philip K Dick, A.E. Van Vogt , Clifford D Simak, Robert Heinlein.
Rien que des écrivains Old School comme on dit. C’est sans doute dû à mon grand âge … ou à un manque d’audace éditoriale des différents bibliothèques municipales que j’ai fréquentées….Mais faites-moi confiance, les œuvres des auteurs cités un peu plus tôt, sont une belle entrée en matière.

En littérature, il y a aussi les manga : Akira et Ghost in the Shell , deux valeurs sures pour bien commencer.
Si le format des mangas ne vous botte pas, voyez la BD classique – européenne – et je peux vous conseiller : Valerian et Laureline , Aquablue (plus moderne et empreint d’une écologie et d’un anti-colonialisme militants), Universal World War : histoire de guerre contre un complot militaro-industriel et de paradoxe temporel.

Suite logique, les films d’animation.
Les 2 films Ghost In The shell sont très bons, allez-y les yeux fermés , heu, enfin vous m’avez compris !!
Pour Akira , attention , il est gore , très gore. Je préfère vous avertir.
Des films d’animation japonais … ou pas, pour débuter dans le genre : les ailes d’honéamise, Patlabor, Summer wars, Wall-e, le géant de fer. La liste est longue et je vous conseillerais régulièrement sur des titres à voir.

Reste les jeux vidéo, domaine que je ne maitrise pas complètement. Je vous citerais le seul jeu que je connaisse vraiment et qui vaut le détour : HALO . On participe au périple d’un super soldat qui combat des extra-terrestres sur un monde-anneau.

Vous vous dites : “il est gentil lui, mais tout ce qu’il propose c’est violent, dystopique, sombre voire dépressif.
Beau tableau, tout ça !, si la SF se résume à ça ,non merci.”

C’est là ou je veux en venir. Au-delà du divertissement, la science-fiction est une sorte de Cassandre bienveillante.
La SF prend un thème, l’extrapole dans un autre espace-temps, le pousse dans des extrêmes pour bien nous faire comprendre, le plus souvent en sous-texte ,ce qui pourrait arriver.
Alors oui , les futurs ou univers alternatifs présentés ne sont pas des jardins d’Eden chatoyants.
Le trait est un peu forcé et on se dit : mais non ça n’arrivera jamais !
Prenez Wall-E , un petit robot qui ramasse , littéralement , des montagnes de déchets laissés par les humains qui ont fui une planète Terre complétement polluée et inhabitable …En cette période de prise de conscience écologique, le dessin animé nous titille et nous dit gentiment, ça reste un divertissement, et sans avoir un discours moralisateur ou condescendant qu’il serait peut-être temps de réfléchir à l’évolution de notre mode de vie.

Mais avant tout la science-fiction est un formidable moyen de transport.
Vers la lune à coup de canon, à travers l’univers a bord de vaisseaux capable de replier l’espace-temps.
Sur une planète désertique où l’on récolte l’épice. A bord du Nostromo pour échapper à une créature implacable.
Mais aussi sur Terre à la recherche de répliquants.

La science-fiction nous interroge sur ce qu’est la définition de la vie, de la réalité , de notre perception du temps.
Elle permet, rien qu’en ouvrant un livre de se retrouver dans une cité robotique, au cœur d’une armada stellaire sur qui repose le destin de l’humanité.
Elle nous plonge dans un futur crasseux pour mieux nous en dissuader. Dans une ville fabuleuse pour nous dire, tout a un prix et somme-nous prêts à le payer ?
Grace à elle, on se prend à rêver des panoramas, des personnages, on se fait des films juste en tournant des pages.
Devant un grand écran, elle nous prend par la main pour nous embarquer dans un périple dont on ressort a moitié engourdi et la tête encore un peu dans les étoiles.

Je me souviens de longues soirées passées à dévorer les livres deSF de la bibliothèque du quartier avec le casque de mon baladeur sur les oreilles et une cassette de Jean-Michel Jarre tournant en boucle. Je suivais les aventures d’Elijah Baley dans des cavernes d’acier imaginées par Isaac Asimov avec en fond sonore Oxygène 4.
Je garde un souvenir ému des ces soirées qui m’ont ouvert un imaginaire sans fin et qui m’ont permis de voyager dans le temps et l’espace.
Ces lectures adolescentes m’ont influencé dans mon imaginaire adulte, elles m’ont permis d’avoir les pieds sur Terre et la tête dans les étoiles….
Cette passion, je l’entretiens régulièrement et farouchement. Elle fait et fera toujours partie de moi.
On peut parfois me trouver un peu perché, mais je le vis bien. J’aime la science-fiction et je l’assume.

A votre tour… et à dans un mois pour le deuxième numéro de cette émission : vous reprendrez bien un peu de S F ?