Chantier de diagnostic archéologique au château de Kerjean – photo Centre départemental d’archéologie du Finistère.

Le Centre départemental d’archéologie a récemment mené des fouilles au château de Kerjean dans le cadre d’un diagnostic avant travaux. A partir des découvertes sur ce site, on extrapole et on visite les châteaux et manoirs du Finistère médiéval.  

Ronan Louessard, archéologue médiéviste au Centre départemental d’archéologie du Finistère 

Le Centre départemental d’archéologie réalise régulièrement des diagnostics avant travaux. Les archéologues évaluent le terrain pour détecter d’éventuels vestiges et c’est le ministère de la Culture qui décide ensuite de la pertinence de fouilles archéologiques dites préventives. C’est ce qu’a réalisé Ronan Louessard sur l’esplanade du Château de Kerjean où l’EPCC Chemins du patrimoine souhaite réaliser des aménagements pour l’accueil du public. 

Les traces de l’ancien manoir de Kerjean 

Les vestiges les plus récents découverts à Kerjean sont d’anciennes allées cavalières qui partaient en étoile du château et traversaient un parc boisé. Sous ce niveau, le diagnostic a révélé quatre fossés peu profonds parallèles qui forment l’angle d’un grand enclos, les fondations d’un massif d’entrée monumentale avec porte cochère et porte piétonne, les fondations d’un mur d’entrée qui se prolonge par des talus, le tout date sans doute du XVe siècle. A cette époque, le château Renaissance que nous connaissons n’était pas encore sorti de terre. Les Seigneurs de Kerjean habitaient un manoir médiéval – en fait une série de bâtiments – peut-être cerné par l’enclos dont les vestiges ont été mis au jour. 

Le manoir, demeure seigneuriale aux fonctions économiques, politiques et judiciaires

Mais qu’est-ce qu’un manoir ? Rien de bien précis. Le mot viendrait du latin manere qui signifie demeure.
A l’instar des châteaux, ces demeures seigneuriales (occupées par des “gentilshommes campagnards”) remplissaient de nombreuses fonctions ; la seule différence était l’absence de fortifications réellement défensives, même si certains manoirs étaient dotés de fortifications décoratives. 
Pour le reste, la structure et les rôles étaient comparables, avec la grande salle d’apparat pour accueillir les visiteurs, recevoir le paiement des impôts ou rendre la justice, la chapelle, et la chambre dans laquelle on ne recevait que les invités de marque. Le manoir était associé à un domaine qui comprenait les terres agricoles propres au Seigneur, un four, voire un moulin (dont l’usage était aussi soumis à des impôts). A Kerjean, le colombier (1599) est symbolique – marque de noblesse – et utile, car les fientes de pigeon servent d’amendement agricole. Il reste aussi des traces des poteaux de justice pour les potences… En plus de leur pouvoir politique, les seigneurs de Kerjean jouissaient d’une fortune bien supérieure à d’autres membres de la noblesse médiévale, notamment grâce au commerce du lin et à la richesse des terres du Léon. 

Que reste-t-il des mottes féodales et châteaux forts du Finistère ? 

Christel Douard a recensé 3500 manoirs dans le Finistère.
Quant à Patrick Kernevez il a inventorié environ 200 mottes féodales. Apparues au IXe siècle – époque des attaques vikings – les mottes castrales étaient parfois de véritables collines, ou des tertres artificiels, avec une plateforme sommitale sur laquelle était érigé un fort en bois. Beaucoup ont disparu aujourd’hui, d’autres se fondent dans leur environnement…sans qu’on soupçonne forcément leur existence.
Souvent, les châteaux forts qui ont pu être construits plus tard en Finistère ont ensuite été délaissés (pour des raisons économiques essentiellement). Leurs pierres ont été réutilisées pour d’autres constructions. C’est ce qui explique qu’on trouve peu de forteresses médiévales aujourd’hui dans le paysage du Finistère.