Thématique par excellence des œuvres de science-fiction : le temps.
Déjà difficile à définir, le temps est en outre un sujet parfait pour philosopher et imaginer des situations très étranges, voire …paradoxales. 

Par Rémy Toularastel

Aujourd’hui, je vais vous parler du temps. Qu’est-ce que le temps ? vous avez 4 heures !
Au-delà de l’aspect philosophique de la question, il faut être au point sur ce que l’on appelle le temps.
A cette question on peut répondre : c’est la succession des jours. Non, un jour c’est une durée arbitraire . Parce qu’un jour de 24 h est un choix pratique, qui daterait des sumériens il y a entre 4 et 5 000 ans.

Le temps qui passe est impalpable mais tellement intime pour chacun d’entre nous. On peut savoir que le temps passe sans avoir a consulter une montre ou un calendrier. Mais le ressenti du temps qui passe peut varier énormément, il peut filer quand on passe un moment agréable ou ralentir quand le contexte devient barbant.
J’ose espérer que pour le moment, ça passe rapidement….

Dans la science-fiction, le voyage dans le temps est un des sujets les plus souvent abordés avec l’exploration spatiale et les rencontres extra-terrestres.

Le voyage dans le temps implique une notion indispensable : le temps n’est pas linéaire.

Vous vous souvenez quand, à l’école vous faisiez des frises chronologiques au sujet des rois de France par exemple. Le temps qui passait était représenté sous la forme d’une ligne qui allait de gauche à droite … avec une flèche au bout pour faire stylé.

En SF, le temps peut être vu comme le paysage qui défile alors que nous sommes dans un train, on le voit passer par la fenêtre. Il passe, il évolue, à la différence prés qu’il se déroule indéfiniment et d’une régularité infaillible. Mais, il existe encore, il est toujours là le paysage qu’on a vu il y a 10 secondes tout comme celui qu’on verra dans 20 minutes.

Le passé, l’instant présent, le futur, tout ça cohabite on ne sait comment mais c’est là, à portée de machine à explorer le temps Rien de tout ça n’est vérifié, c’est une sorte de contrat passé avec le public. On parle ainsi de suspension consentie de l’incrédulité : on sait que c’est faux, mais on y croit le temps du film ou du livre. On ne va pas jusqu’à débrancher le cerveau, mais si on voit un immense vaisseau spatial traverser l’univers en un claquement de doigt on ne va pas hurler à la transgression des lois de la relativité.

Nous sommes donc d’accord, toutes les époques passées ou futures existent encore ou existent déjà et on peut y accéder.

Y accéder… mais aussi y interagir et c’est là que les ennuis commencent.

Petit aparté : Les films ou livres dont je vais parler ne sont pas forcément très récents, je vais donc me permettre de les divulgâcher allègrement. Pour les plus jeunes auditeurs : je vais spoiler comme un bâtard ! Vous voila prévenus.

Boucle temporelle 

La jetée, de Chris Marker (1962) raconte en quelque sorte les balbutiements de ce que pourraient être les débuts du voyage dans le temps. Dans les sous-sol d’un Paris post-apocalyptique ; le héros est le cobaye d’une bande de savants fou qui pensent trouver dans le futur une bouée de sauvetage pour leur permettre de survivre. Le héros est régulièrement hanté par un souvenir dans lequel lorsqu’il est petit ,il voit un homme mourir sur une terrasse (une jetée dans le jargon) d’un aéroport parisien. Ses aventures vont le mener a la poursuite d’un homme qui le fera passer de vie à trépas …. Sur une jetée ….devant un petit garçon. Cette œuvre évoque un des phénomènes du voyage dans le temps : la boucle. Vous devenez par une ironie du sort acteur d’un événement dont vous étiez le spectateur. Et que quoi qu’on décide, quoi qu’on fasse le futur est écrit , tous vos choix sont déjà faits et vous ne pourrez échapper à votre destin. Ce film pourrait vous surprendre sur la forme en plus du fond. Il s’agit ni plus ni moins qu’un … diaporama . avec une bande son un poil abstraite. Si vous ne bloquez pas là-dessus , vous apprécierez un bon film de SF français.

A noter que Terry Gilliam en a fait un remake en 1995 , vous devez le connaitre, c’est L’armée des 12 singes. Le voyageur pas vraiment volontaire, incarné par Bruce Willis, sera expédié à diverses époques , pas toujours les bonnes et n’en ressortira pas indemne psychiquement Ce film peut être également déroutant par sa mise en scène. Mais bon, on est habitué par le style Gilliam !

Paradoxe du grand-père

Les 2 films que j’ai évoqués sont le théâtre de voyages volontaires , plus ou moins du point de vue des voyageurs mais ils sont le fruit d’une réflexion de la part des scientifiques. Il arrive aussi que le scientifique prépare tout le matériel et que ça ne se passe pas comme prévu. Il passe des années a concrétiser une vision, à peaufiner sa machine, il réalise un test avec son chien qui se passe à merveille . Et voila ,alors qu’il va lui-même faire un essai , qu’il se fait tirer dessus par des terroristes libyens et qu’un ado lui vole sa machine…..

La saga Retour vers le futur de Robert Zemeckis est sans doute l’œuvre la plus connue traitant du voyage dans le temps. Elle aborde le sujet avec légèreté en replongeant , pour le premier opus, dans les années 50. Le premier film se contente d’un simple aller-retour de 1985 vers 1955.
Le deuxième complique un poil les choses , 1985, 2015, 1955 en passant par un 1985 parallèle où l’on retrouve un ersatz de Donald Trump! Dans cet opus, le héros et sa future épouse vont croiser et même rencontrer leur alter ego de 2015. Doc pour sa part rencontrera son double, si l’on peut dire de 1955.
Le troisième numéro nous fait voyager de 1955 vers 1885 , dans un western aux allures subtilement steampunk….
Dans le premier film de la saga, il y est aussi fait allusion à une variation Œdipe et au paradoxe du grand-père.

Qu’est-ce que le paradoxe du grand-père : imaginons que vous voyagez dans le passé et que vous rencontriez votre grand-père, ou votre grand-mère ,soyons inclusif…, . Vous vous querellez et vous la tuez avant qu’elle n’ai des enfants. Déjà c’est pas de bol, les probabilités sont contre vous. Mais comment ça se passe maintenant ? Votre aïeul n’est plus , donc sa descendance n’existe pas ,donc vous non plus . Mais si vous n’existez plus , vous n’avez pas voyagé dans le temps et vous n’avez pas tué votre grand-père/grand-mère. Donc vous êtes nés et vous allez voyager dans le temps. Voila le paradoxe du grand-père. Une boucle qui va, soit se dérouler à l’infini, soit déboucher sur la fin de l’univers, c’est une hypothèse… , soit créer un univers parallèle .
Retour vers le futur, même si ce film reste une référence dans le domaine, est l’exemple d’un problème , à mon avis ,récurrent dans les films évoquant le voyage dans le temps. Au cours du premier film , on voit une photo de la fratrie Mc Fly qui montre la disparition progressive du frère , de la sœur et au paroxysme du phénomène du héros lui-même. Il manque de peu de disparaître. A croire que le passé et le présent évoluent côte à côte. Les modifications apportées au passé ne se répercutant au présent que progressivement.

Dans le film Looper de Ryan Johnson en 2012 , un des personnages voit son corps se modifier au fur et à mesure des supplices que son alter ego jeune subit dans le passé. Ca donne une scène glaçante et marquante mais d’une efficacité visuelle totale. C’est là où le bât blesse. Si on suit une certaine logique, toute modification apportée au passé doit être présente dès son apparition et pas graduellement dans le récit. Mais bon au niveau scénaristique, ça serait compliqué à vendre. L’action qui doit se dérouler dans le film se serait déjà produite bien avant le début du film…Ou alors le héros serait le seul témoin d’une époque non-modifiée. Comme dans Retour vers le futur. (Mais je consacrerai plus tard une émission entière à la saga).

Machine à explorer le temps 

En attendant, parlons d’un autre voyage dans le temps qui tourne mal : La machine à explorer le temps. Un jeune scientifique voit sa promise mourir sous ses yeux. Il invente alors une machine pour remonter le temps et sauver la jeune femme. Toutes ses tentatives se solderont par des échecs. Par dépit, il va alors aller plus loin dans le futur. Mais à la suite d’une péripétie, il se retrouve projeté dans un futur lointain où les humains se sont séparés en deux races.

Le voyage dans le temps peut aussi entraîner un choc des cultures. Comme dans le roman de H.G. Wells qui envoie un scientifique de la fin du XIXe siècle en l’an 802 701 à la rencontre d’un peuple indolent

Ou aussi dans la série TV Les aventures de Buck Rogers au 25eme siècle. Un astronaute des années 1970 en mission dans l’espace se retrouve piégé dans un coma cryogénique et retourne sur Terre 2500 ans plus tard. On voit alors débarquer un homme du XXème siècle un poil macho et conditionné au sexisme ordinaire de son époque. Il sera confronté à une société où règne l’égalité entre les sexes et un poil moins comment dire .. rustre.

Le voyage dans le temps peut également être un corollaire pas vraiment désiré mais inévitable d’une expédition . Mais dans ce cas , il s’agit d’un voyage à sens unique. Dans le roman, La guerre éternelle de Joe Haldeman, le personnage principal : un soldat engagé dans une guerre contre des aliens, va de planètes en planètes en voyageant à vitesse proche de la lumière.  C’est un des principes de la théorie de la relativité restreinte, émise par Albert Einstein. Son voyage dans le temps se fera alors par rapport aux autres, le décalage se creusant d’expéditions en expéditions. Quelques mois pour lui, 1146 ans pour ceux qui restent sur Terre…..

Dans Interstellar, le film de Christopher Nolan, c’est la gravité qui influe sur le temps. A la fin du film, on verra le héros ,au terme d’un périple de quelques semaines ,retrouver sa fille alors grand-mère.

Il y a un personnage pour qui le voyage dans le temps est littéralement ancré en lui. Dans le film Hors du temps de Robert Schwentke , le héros possède les gènes qui le font voyager dans le temps. Seul petit inconvénient, il ne contrôle rien. Il peut donc ,sans préavis, se retrouver dans le passé ou le futur durant des périodes irrégulières. Même les super héros peuvent essayer de remonter le temps d’une façon, plus que maladroite. Ainsi en 1978 dans le premier film qui lui est dédié réalisé par Richard Donner, Superman remonte le temps en faisant tourner la Terre …dans le sens inverse.

Le voyage dans le temps peut parfois avoir des accents écologiques avant l’heure.
Dans le film Star Trek 4, réalisé par Leonard Nimoy, l’équipage de l’Enterprise se retrouve à San Francisco dans les années 80 pour récupérer une baleine dont les chants sauveront la Terre de 2285.
Un petit clin d’œil pour dire qu’il ne faut pas insulter l’avenir mais penser à long terme et que maltraiter son écosystème peut vous coûter cher …Le voyage dans le temps n’est pas juste une question de grimper dans une machine et en avant !

Visions d’avenir 

L’avenir peut se présenter à vous sans crier gare sous forme de flashs qui vous semblent réels et cauchemardesques, car vous êtes nés avec ce don ou plutôt cette malédiction.

Les précogs de Minority Report de Steven Speilberg, peuvent revivre le futur. Ce film pose une question plus profonde qu’il n’y parait : les policiers savent que quelqu’un va commettre un crime, ils l’arrêtent, donc il ne va tuer personne. Donc, les prédictions sont fausses. Or dans ce film on a affaire à une police du délit d’intention , les visions des précogs sont élevées au rang de dogme. Alors quand on apprend qu’il existe une version alternative à ces visions, un version où le crime ne survient pas…

Le futur n’est pas un plan fixé d’avance mais une notion floue avec des options envisageables. “Le futur est ce que nous en faisons”, disait Sarah Connor. L’héroïne de la série de films Terminator n’a pas voyagé dans le temps mais elle est le pivot central d’un paquet d’expéditions temporelles. Des êtres humains, des robots dont certains polymorphes seront envoyés depuis leur passé respectifs. Avec pour mission soit de la tuer, soit de la sauver. Dans cette saga de James Cameron, un futur apocalyptique est au bout du chemin mais Sarah Connor et son fiston vont tout faire pour faire dévier ce chemin, avec plus ou moins de succès. A la fin du premier épisode, le futur a été modifié et l’apocalypse évitée. Mais voila il y a un deuxième épisode et là c’est John Connor, le fiston, qui est la cible d’un T1000. Dans cet opus aussi, le méchant robot est détruit est l’humanité sauvée.
C’est Terminator Genesis d’Alan Taylor, le 5eme film de la franchise, qui mettra le plus en avant le voyage dans le temps. Mais bon, le scénario n’est pas vraiment une réussite, je vous en reparlerai un jour.

Au rayon des films sur ce sujet et pas vraiment considérés comme des chef-d ’œuvres, je peux citer Timecop de Peter Hyams avec Jean-Claude Van Damme. Il y aura toutefois une bonne idée de mise en scène, lorsqu’il revient à son époque d’origine, le personnage réintègre le continuum temporel comme s’il poussait un rideau. Pas vraiment parlant décrit comme ça, mais l’idée est visuellement très réussie.

Déclinaison directe, l’uchronie a le vent en poupe ces derniers temps. Mais ça aussi , j’en parlerai plus tard.

Simple vue de l’esprit ou réflexion plus poussée sur les lois physiques qui dirigent cet univers, le voyage dans le temps a fait fantasmer des générations d’amateurs de SF. Que ce soit dans une capsule ou à bord d’une Delorean, beaucoup de moyens ont été imaginés pour explorer le temps.
Sous la forme d’un aller simple ou au cours de déplacements multiples dans les deux sens , l’imagination est la seule limite quand aux possibilités d’univers différents, parallèles ou pas.
Mais le voyage dans le temps est une terrible boite de Pandore, tant la moindre modification du passé peut bouleverser notre présent. Le fameux effet papillon.
Le voyage dans le temps est tout de même un formidable terrain de jeu : qui n’a jamais rêvé de se rendre dans le passé pour assister aux plus grand faits historiques ou les modifier pour éviter de terribles drames ? Qui n’a pas voulu, dans un but bassement matérialiste, aller dans le futur pour récupérer les numéros de la loterie ?
Voyager dans le temps est et restera une pure théorie pour encore un moment et c’est peut être tant mieux comme ça.
Cela restera juste de la masturbation intellectuelle , un vaste sujet de rêverie et pourquoi pas une source d’inspiration pour des auteurs qui imagineront des contextes futurs, ou passés….