Né en Serbie, Vladimir Veličković a dès l’enfance été confronté à la violence humaine. Il en a gardé une vision tourmentée qu’il traduit avec maestria dans sa peinture où toutes les nuances de gris expriment la vanité de la condition humaine. Exposition à découvrir au Fonds Hélène et Edouard Leclerc de Landerneau. 

Rétrospective Veličković jusqu’au 26 avril 2020 au FHEL de Landerneau

Le grand style : peindre pour dompter l’ennemi intérieur

Le philosophe Friedrich Nietzsche considérait l’acte de création artistique comme une façon pour l’humain de dompter son “ennemi intérieur”. Surgissait alors ce qu’il nommait le grand style. Et c’est exactement ce qu’a semblé faire toute sa vie le peintre Vladimir Veličković. Dès son enfance à Belgrade, il est traumatisé par la répression nazie contre les résistants serbes. Plus tard, bien qu’installé à Paris, il vivra comme un déchirement la guerre fratricide qui met fin à son pays d’origine, la Yougoslavie. De ces douleurs, le peintre a fait les moteurs de son art, dur et torturé mais incroyablement puissant. Toujours attaché à la beauté plastique, même dans l’horreur, il est passé maître dans l’art de décliner toute la palette des gris, avec soudain une touche de rouge, de jaune…

Vladimir Veličković, “Poursuite”, 1977, Huile sur toile, 196 x 146cm, 3 panneaux.

Vanités contemporaines

Pas de nature dans les peintures de Veličković. Nulle trace d’arbres, de végétation, ni même de paysage. Des animaux figurent certes dans ses toiles gigantesques, mais comme symboles du mal (corbeaux, rats) ou de la vanité des actes humains (lévriers qui courent, en compétition). Quant au temps, il s’écoule à vitesse vertigineuse – d’où le mouvement qui anime la plupart des tableaux – et il dégrade. L’horreur est peinte au passé, une fois qu’elle a eu lieu et qu’on ne peut plus l’empêcher, comme pour nous signifier qu’il est vain d’y résister.
Il faut pourtant venir au Fonds Hélène et Edouard Leclerc, prendre de plein fouet cet art, comme un acte de réflexion et d’adhésion à la condition humaine. On en ressortira secoué, mais aussi touché par la beauté de l’œuvre de Veličković.

Michel-Edouard Leclerc et Jean-Luc Chalumeau, commissaire de l’exposition