C’est une question qui traverse inévitablement l’activité agricole : comment évaluer son temps de travail, qu’on soit éleveur(se) ou cultivateur/trice, débutant(e) ou chevronné(e) ? La réponse est bien fluctuante, d’une personne à l’autre, d’une exploitation à l’autre, et dépend largement aussi d’une approche globale de sa vie.

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Le temps de travail agricole : subjectif et évolutif

Gilles Jacob, paysan en polyculture polyélevage à Kerlaz (poules, moutons, maraîchage, vergers) est installé avec sa compagne depuis 5 ans. Son précédent métier était assez proche de l’agriculture puisque il animait un potager participatif en milieu urbain. Au départ, sa compagne et lui n’ont guère compté leur temps et ont travaillé de longues journées, sept jours sur sept. C’est au bout de deux années de travail intensif qu’ils ont commencé à gérer davantage leur temps de travail pour se ménager des journées et des semaines de travail raisonnables (9h30 / 17h30 environ, week-end le samedi après-midi et le dimanche) et un mois de vacances complet chaque année (en hiver) !
Leur organisation de couple suppose que chacun accomplisse les tâches pour lesquelles il ou elle est le plus efficace et qui ne paraissent pas trop pénibles. Certaines missions ont aussi pu être déléguées à une ETA (Entreprise de travaux agricoles). Un peu d’aide amicale ou familiale pendant les vacances est par ailleurs précieuse… 

Le temps de travail : comment le cerner en agriculture ? Comment le compter ? Les animateurs du Civam constatent que les deux ou trois premières années d’installation sont intensives pour tous les agriculteurs. Motivés, encore frais, fourmillant de projets et souvent jeunes, ces paysan(n)es débutant(e)s travaillent sans compter, avant de commencer à s’organiser pour retrouver un peu de temps personnel ou familial. Parfois, il faut évaluer dès le départ le temps de travail de chacun(e) en particulier quand on est associé. Mais il faudra trouver un terrain d’entente sur ce qui constitue du travail ou non : pour les un(e)s, parcourir ses terres en fin de journée pour vérifier que tout va bien, c’est une tâche, pour d’autres c’est une balade et une détente. Et l’activité au sein d’un syndicat agricole ou d’un réseau comme le Civam du Finistère, est-ce de l’ordre du professionnel ou du militantisme ? La réponse varie d’une personne à l’autre.

Qualité et quantité de travail

Par rapport à un salarié, un exploitant agricole, comme tout entrepreneur ou travailleur indépendant, ressentira de toute façon moins le temps de cette activité qu’il effectue pour son compte.
Et puis la notion de travail, avec un soupçon de contrainte, dépend aussi du plaisir qu’on éprouve à effectuer l’action : l’administration, la comptabilité peuvent être perçues comme des tâches pénibles – indéniablement du travail – pour quelqu’un qui a choisi l’agriculture pour la vie au grand air et le contact avec les animaux (la partie “plaisir” et “passion”).

Cependant, la passion pour son métier n’exclut pas les risques de surmenage ; le burn-out frappe aussi les paysan(ne)s. 
Le temps libre existe, mais parfois à contre temps de la société (période creuse en hiver, fin de semaine chargée en vente directe, astreinte élevage..) ce qui peut renforcer le sentiment d’isolement et donc la pénibilité globale du temps estimé comme “travaillé”. 

Choix de vie et objectifs

La gestion et la perception du temps en agriculture dépendent largement de choix : type d’exploitation (l’élevage permettra moins de souplesse que les productions végétales), objectifs économiques (on peut décider de privilégier le temps libre en renonçant à certains revenus), ainsi que des relations qu’on entretien avec ses proches, sans oublier son propre rapport au temps (est-on toujours “débordé” ou en retard ? Ou à l’inverse est-on du genre à anticiper dans tous les domaines de sa vie ?). Le tout est d’avoir bien conscience de ses attentes, de ses capacités, voire de son tempérament.

Enfin, une donnée à prendre en compte : “En agriculture, rappelle Gilles Jacob, il faut toujours tenir compte de l’autre temps, la météo, qui génère des imprévus et exige donc de notre part une certaine souplesse…”