Capture d’écran du site internet http://www.cowboy-bebop.net/

 

Dans un futur pas si lointain, l’exploration du système solaire, qui devrait être une partie de plaisir, devient une foire d’empoigne. Dans un contexte qui fait beaucoup penser à la ruée vers l’or, une profession refait surface: les chasseurs de prime. Découvrez la série animée japonaise Cow-boy Bebop dans cette émission.

Je vais vous parler d’une bande de chasseurs de prime qui sillonnent le système solaire.

Je vais vous parler de la série Cowboy Bebop.

Cowboy Bebop est une série d’animation, un dessin animé si vous voulez…

Réalisée par Sinichiro Watanabe en 1998 , elle se résume en une saison de 26 épisodes où nous verrons les chasseurs de prime, les cowboys dans le jargon de la série, pourchasser des hors-la-loi avec plus ou moins de succès.

Une exploration à marche forcée

L’action se situe en 2071, l’humanité s’est installée sur plusieurs planètes et astéroïdes du système solaire.

Cette colonisation s’est faite un peu contrainte et forcée.

En 2021, on invente un schéma de portails permettant de voyager dans le système solaire en hyperespace. Le délai pour se rendre de planète en planète est formidablement raccourci.

Mais le mécanisme qui permet de faire fonctionner ces “gates” comme on les appelle est instable et les premiers essais tournent au drame.

La gate en orbite autour de la Terre explose et détruit partiellement la Lune.

Les débris retombent sur Terre rendant impossible toute vie à la surface.

La population n’a d’autres choix que de vivre sous terre ou de partir pour un autre astre.

Belle ironie du sort, l’outil qui devait permettre au genre humain de conquérir le système solaire, l’obligera à le faire pour sa survie.

A noter que le réseau des gates a été fiabilisé et que les voyageurs l’empruntent quotidiennement. L’humanité n’est pas très rancunière…

Les protagonistes de Cowboy Bebop

Rapide présentation des personnages principaux.

Spike Spiegel, 27 ans, grand, mince à la chevelure brune ébouriffée, toujours vêtu du même costume bleu. Aguerri aux arts martiaux, il excelle aussi en matière d’armes à feu. D’un tempérament plutôt taciturne, il a une conception de la justice bien à lui. Et il est prêt à tout pour mettre la mai sur les hors-la-loi , pas vraiment par calcul mais rien ne doit se dresser entre lui et la prime que représente un fugitif. Que ce soit  des promeneurs, des voitures, voire une ville entière… Avant d’être chasseur de prime, il faisait partie d’une organisation criminelle sur Mars, mais fatigué de cette vie, il veut raccrocher. Mais on ne quitte pas ce genre de société à sa guise, il va devoir simuler sa mort pour renaître tranquillement.

Deuxième personnage avec qui Spike forme le noyau dur de leur équipe, Jet Black. Ancien policier au sein de l’ISSP , la police du système solaire, il décide de la quitter après avoir été trahi par son partenaire dans un guet-apens où il perdra un bras. Bras qui sera remplacé par une prothèse. Il a 37 ans, il a un physique plus massif que son coéquipier, ses domaines de prédilection sont :la mécanique, la cuisine et les bonzaïs … Il a gardé des contacts au sein de l’ISSP, ce qui lui permet d’avoir des informations sur les criminels qu’il recherchent.

Au fil des épisodes, l’équipe va s’enrichir de divers membres plus ou moins efficaces.

Le premier dans l’ordre chronologique est un chien, un Welsh Corgi pour être précis. Il s’appelle Ein , c’est un chien au capital génétique parfait et d’une valeur inestimable. Il rejoint l’équipe un peu par hasard et se révélera très intelligent et d’une aide inattendue dans certaines enquêtes.

Vient ensuite Faye Valentine. Elle a 77 ans … Même si elle en fait 50 de moins. Elle a été victime en 2014, d’un accident d’avion spatial et a été cryogénisée. A son réveil, 54 ans plus tard, elle est la victime d’une escroquerie. Elle n’a de cesse alors que de fuir ses créanciers dans tout le système solaire. Vivant de petites escroqueries dans l’espoir d’éponger ses dettes, elle dilapide son butin dans les courses de chevaux. Elle rencontre nos deux lascars à l’occasion d’un quiproquo et elle décide de les rejoindre pour faire équipe avec eux. Sans qu’ils aient forcement leur mot à dire. Enfin équipe, c’est un bien grand mot : elle n’hésite pas à les lâcher à la première occasion pour ensuite revenir vers eux dés qu’elle est fauchée. D’un très fort caractère, elle est aussi tenace que Spike quand il s’agit de traquer les brigands.

Dernier personnage à taper l’incruste: Edourad Wong Pepelu Tivrusky , quatrième du nom est une jeune fille de 13 ans. Ed – c’est plus simple de l’appeler comme ça – est au départ considérée comme un suspect par les chasseurs de prime, pour avoir hacké des satellites. Elle les aidera à démasquer le vrai coupable, une intelligence artificielle et obtiendra ainsi une place dans leur vaisseau, en leur forçant un peu la main tout de même.

Le Bebop, entre improvisation et anticonformisme.

Tout ce beau monde parcourt le système solaire à bord du Cowboy Bebop.

Le Bebop est une variante du jazz, une version moins académique basée sur l’improvisation.

Ce qui résume bien nos héros qui ont tendance à jouer leur propre partitions au regard des lois et des codes. Leur capacité d’improvisation en fait toutefois de bon chasseur de prime. Au prix malgré tout de moult dégâts dont les coûts taillent leur primes en pièces.

Tant qu’on en est à parler musique. Il faut parler de la bande son.
CETTE BANDE SON MES AMIS !!!!
J’ai rarement entendu une bande originale aussi dense et variée. L’inspiration majeure vient du jazz et du blues ,avec des morceaux détonants comme du métal , de la pop, ds balades, du funk… C’est à la compositrice Yokko Kanno que l’on doit ces créations hétéroclites qui participent grandement au succès de la série

Des paysages originaux mais pas que….

Au cours de leur péripéties, les héros vont aller de planète en planète. Elles seront plus ou moins accueillantes.

Vénus a été totalement terraformée. La terraformation est un procédé consistant à rendre une planète autre que la Terre habitable à l’air libre pour les humains. Mais sur Vénus, des plantes disséminent un pollen agressif qui peu rendre aveugle.

Sur Mars, seuls quelques grandes cités abritent la vie. Mars est la principale destination de la diaspora humaine, à tel point qu’on peut s’amuser à trouver des oints communs avec différents pays ou villes que nous connaissons sur Terre.

Au fil des épisodes, on reconnaîtra les grandes métropoles asiatiques: Tokyo, Hong Kong…

Un épisode nous montrera un paysage qui fera penser au Mexique.

Un autre évoquera subtilement un Paris des années 1960.

Callisto, une lune de Jupiter, nous fait penser à la Russie.

Il y a bien évidemment des mondes plus exotiques :

Ganymède, autre satellite jovien (ça veut dire jupitérien, mais c’est plus classe) est quasiment entièrement recouvert par des océans.

Des astéroïdes ont été colonisés pour permettre leur exploitation.

De l’écologie et des rencontres

De nombreux thèmes sont abordés dans la série.

Ganymède abrite une population d’animaux marins sauvages victimes de surpêche. Pour y mettre fin, un groupe d’écoterroristes sème la terreur et exécutent ceux qui osent manger les pauvres animaux.
Nos héros croiseront des trafiquants de drogue,syndicat du crime oblige, un jeune garçon qui se la joue Dorian Gray, une intelligence artificielle dépressive,un télé-achat pour chasseurs de prime, des camionneurs de l’espace, un magnétoscope, (Betamax le magnétoscope, le détail a son importance), mais aussi un tueur en série résultat expériences en laboratoire. Ainsi que nombre de leurs confrères chasseurs de prime, tous aussi bourrin que nos héros.

De l’importance de ce qui fut ….

Mais un élément est récurrent dans la série et ne cessera de les hanter : le passé. Et chacun l’appréhendera à sa façon.

Pour Spike, le passé est encore douloureux. Quand il a fui l’organisation dont il faisait partie, il a été trahi par sa compagne à qui il avait demandé de le suivre. C’est une blessure encore à vif et à la moindre évocation de sa Julia ou de son ancien partenaire de crime, il devient comme enragé et incontrôlable.

Jet quant à lui, gère ça d’une manière plus apaisée et considère que le passé , si il n’est pas forcement positif ,permet de tirer des leçons. A toute chose malheur est bon, comme on dit.

C’est l’absence de passé qui caractérise Faye. Elle a tendance à agir de manière inconsidérée sans se soucier du lendemain et des conséquences de ses actes. Comme si le fait de ne pas avoir des souvenirs de son passé, l’exemptait de prévenir tout futur.

Tout le monde ou presque a un passé, des souvenirs, et expérience que l’on en retire nous aide à aller de l’avant.
Dans le cas de nos comparses, et de leurs approches différentes, on mesure d’autant plus la valeur et la nécessité de savoir d’où l’on vient pour choisir où l’on va.

Loin d’être tournée exclusivement vers le passé, la série a tout de même des accents mélancoliques. Pas dans le genre “c’était mieux avant”, plutôt dans le sens blasé. Un peu revenu de tout, les héros font parfois preuve de détachement au sujet de leurs contemporains.

…et de ce qui adviendra.

Il y a un autre élément qui fait partie intégrante de la série et qui est, sans que l’on s’en rende compte, présent quasiment à chaque épisode. Un élément devant le quel nous serions tous égaux : la mort.

La fausse mort de Spike dès les premiers instants de la série. Celle bien réelle des bandits pourchassés et des victimes collatérales.
Les héros, Spike en tète, ne cesseront de flirter avec elle, la voyant passer de près, de très près…Voire carrément de jouer avec elle, de la provoquer.

Ce qui m’amène à vous parler d’une particularité de cette série : sa représentation d’une violence graphique, son traitement est pour le moins explicite. Ce qui vaudra au réalisateur et à son équipe des problèmes avec les diffuseurs.
La série n’est pas gore, il n’y a pas de tripes sanguinolentes ou de cerveau répandu sur le sol. L’approche qui en est faite , est comment dire … pédagogique, dans le sens qu’elle montre les conséquences d’une bagarre avec un visage tuméfié et recouvert de bandages. Ou alors un homme qui perd son sang après s’être fait tirer dessus, et du sang rouge qui plus est.

Alors oui, le choix du traitement de la violence est purement éditorial. On peut ne pas montrer tout ça, échanger des coups de feu ou de poing sans faire étalage des suites plus ou moins fâcheuses. C’est un choix assumé de Sinichiro Watanabe. Et ce choix se reflète un peu dans la série et c’est aussi ça qui a fait le succès de Cowboy Bebop, de l’irrévérence , du non-politiquemet correct : “Je fais ce que je veux et libre à vous d’apprécier …ou pas”.

C’est beau une ville …..

Une autre particularité de la série, les décors et le mécha-design. Le mécha-design, pour celles et ceux qui n’auraient pas suivi le premier épisode de cette émission, et je ne vous félicite pas,c’est la design des éléments non biologiques présents à l’écran. Ça va d’un crayon à une station spatiale en passant par le mobilier, les véhicules, les maisons…

Dans la série, il y a bien évidemment des vaisseaux spatiaux, petits, grands, monoplaces etc ….Il y a des véhicules terrestres comme on en connait aujourd’hui, voitures, camion, trains… Avec une allure un peu différente, c’est normal, on est 50 ans plus tard qu’aujourd’hui.

Ensuite, il y a l’architecture urbaine, là on s’y retrouve totalement tout comme dans les vêtements ou les équipements du quotidien. Ce mélange des époques, si l’on peut dire, permet de mieux nous intégrer dans le contexte. Il y a l’exotisme du voyage spatial mais aussi la sensation de connaitre les rues dans lesquelles se déroule l’action. Ce choix plus ou moins conscient se tient dans le cadre de la série, les humains ont été contraints de quitter la Terre d’une façon brutale et dans un laps de temps très court.
Alors un peu de nostalgie bienveillante permet de mieux accepter le déracinement subi. Tout comme un exilé a besoin de petites parcelles de sa terre natale pour atténuer le dépaysement.

Un long métrage en bonus

La série a eu droit à son long métrage en 2001. Il s’agit en quelque sorte d’un super épisode qui se situe ente les épisodes 22 et 23.
Dans ce film, les chasseurs de prime recherchent un terroriste qui a fait exploser un camion citerne contenant un produit chargé en nanorobots qui attaquent le système nerveux des victimes qui périssent en voyant apparaître … des papillons lumineux. (Au moment où j’enregistre cette émission, Netflix a lancé la production d’une adaptation live de la série).

Je vais rester indulgent et attendre de la voir avant de hurler à la trahison.

Alors, on en dit quoi ?

Alors, qu’est-ce qui fait de Cowboy Bebop une bonne série d’animation sur le thème de la science-fiction ? C’est un subtil mélange de tout ce que je viens de citer auparavant, mais il y a beaucoup de bonnes séries de SF, alors pourquoi celle-là ?.

Elle a un petit supplément d’âme, un petit je ne sais quoi qui fait qu’on accroche à l’histoire, aux personnages.

C’est une alchimie subtile et fragile, difficile à mettre en place aussi bien du coté des créateurs que du coté du public.

Cette série n’est pas consensuelle, elle est violente, ne s’embarrasse pas avec la bienséance aussi bien en son sein que du coté du public.

Et elle l’assume et c’est peut être ça qui fonctionne, son coté : “je fais ce que je veux et je vous emm…”

Le début de la fin.

Alors, elle finit comment cette série ?

J’ai beaucoup hésité quant à choisir de dévoiler ou non la fin de Cowboy Bebop. En la revoyant, j’ai compris qu’il fallait que je vous la raconte, car elle fait partie d’un arc narratif qui commence dés le début de la série.
La fin commence, si l’on peut dire, à l’épisode 23. Nos héros se retrouvent sur Terre pour chasser un fugitif qui s’est donné comme mission de refaire une carte topographique de la Terre. Car depuis la destruction partielle de la Lune, le paysage a beaucoup évolué. Mais refaire une carte d’une planète sur la quelle tombe une météorite toutes les 10 minutes, vous voyez ce n’est pas simple. Je pense qu’on tient là notre Sisyphe ultime.

Mais il se trouve que le monsieur en question est le père de… ED ! C’est elle qui a lancé une prime sur son géniteur…Et qui décidera de le suivre à la fin de l’épisode.

The real folk blues

Dans les 2 derniers épisodes, c’est le passé de Spike qui le rattrape. Son ancien partenaire au sein de l’organisation criminelle, dont il faisait partie, a pris le pouvoir et décide de faire table rase. Pour Spike, c’en est trop et il décide de mettre un terme à ce putsch sanglant. S’engage alors une bataille, au cours de laquelle il perdra sa Julia pour de bon. Ses collègues réagiront très différemment, Faye ira jusqu’à le menacer pour qu’il reste. Jet quant à lui a compris que rien ne le retient et que son destin, voire la fatalité l’ont guidé vers ce but. L’affrontement final verra un Spike déchaîné et résolu à en finir avec son meilleur ennemi et aussi son passé. L’aventure touche à sa fin, son adversaire terrassé, Spike fait un dernier pied de nez aux quelques survivants du massacre et s’effondre.
Alors, Spike est mort ?
Chacun peut se faire son idée. Pour ma part je pense que oui, pourquoi faudrait-il une happy end? Et ça conclurait la boucle entre sa mort fictive du premier épisode et celle bien réelle du dernier. Ou alors c’est un recommencement, une sorte de boucle sans fin. Ou alors Spike est mort au début de la série et tout ce qui suit est une sorte de rêve. Libre à vous de vous faire votre propre idée.

Je vous donne rendez-vous dans un mois pour le prochain numéro de Vous reprendrez bien un peu de science-fiction?

Crédits musicaux:

Tank !: yokko kanno/the seatbelts

Forever broke: yokko kanno/ the seatbelts

go go cactus: yokko kanno/ the seatbelts

Pot city :yokko kanno/ the seatbelts

Too good too bad: yokko kanno/ the seatbelts

Cats on Mars: yokko kanno/the seatblets/gabriela robin

Rain: yokko kanno/ the seatbelts/ steve conte

Cat blues :yokko kanno/ the seatbelts

Goodnight Julia: yokko kanno/ the seatblets

Elm: yokko kanno/the seatbelts

The egg and you : yokko kanno/the seatbelts

Piano black :yokko kanno/the seatbelts

Call me Call me: yokko kanno /the seatbelts/ steve conte

Gotta knock a little harder : yokko kanno/the setabelts/yamane mai

The real folk blues: yokko kanno/ the seatbelts/ yamane mai