Les baigneurs de l’été ne sont pas les seuls concernés par la qualité des eaux marines, les pratiquants de marche aquatique ou les surfeurs le sont aussi toute l’année.

 

En matière de mesures de la qualité des eaux de baignade du littoral, on est loin de la transparence ! Plusieurs associations dont Eau et rivières de Bretagne dénoncent des arrangements avec la réalité et la dissimulation des pollutions chroniques par le contournement de la loi. C’est dans ce contexte qu’on apprend également la création d’une cellule d’observation des opposants à l’agriculture intensive qui soulève de vives inquiétudes quant à la liberté de débattre du modèle agricole en France.

Une fois par mois dans Lem, retrouvez l’association Eau et rivières de Bretagne. 

Comme de nombreux bretons, Laurent Le Berre a grandi à quelques encablures de la mer et s’y est construit un lien imprescriptible. Une fois adulte il a renforcé ce lien et mène aujourd’hui un combat pour défendre ce Bien commun et ses nombreux usages récréatifs et professionnels qui font aussi l’économie de la Bretagne.

Les eaux de baignade de nos côtes, question de santé mais aussi de culture !

Petit, il habitait à Landerneau et passait toutes les vacances à Porspoder dans la maison de famille… à la mer, face à Ouessant. En grandissant, il fréquentait les plages de Landunvez dont Penfoul qu’il porte particulièrement dans son cœur. Plus tard, il s’est mis au surf et pataugeait plusieurs heures par jour dans une eau qui lui inspirait de moins en moins confiance. Désormais papa, il hésite à deux fois avant d’amener ses enfants sur sa plage fétiche. De toute façon, elle est quasiment toujours “fermée préventivement” comme on dit.

Quand on parle qualité des eaux de baignade, on s’intéresse à la pollution par des bactéries qui peuvent déclencher affections ORL, gastro-entérites… Le problème des pollutions bactériologiques concerne quelques secteurs bien identifiés, la pointe du Finistère particulièrement, des plages emblématiques comme celle du Ris à Douarnenez…Ces questions qui concernent les usagers “récréatifs” (baigneurs, pratiquants de loisirs nautiques en tout genre) sont assez proches de celles soulevées par les ostréiculteurs en ce début 2020 dans le Morbihan.

Dans un communiqué de presse du 10 janvier 2020, Eau et rivières de Bretagne, et deux autres associations AEPI, Association pour l’environnement en pays d’Iroise APPCL, Association pour la protection et la promotion de la Côte des légendes
dont Laurent Le Berre est porte-parole dénonce les contournements et arrangements avec la loi de certains élus. Les municipalités comme Landunvez ou Ploudalmézeau ont développé des stratagèmes pour contourner le principe de surveillance sanitaire.
Ainsi, les fermetures préventives ponctuelles : le maire les déclenche dès qu’une pluie est annoncée. Toute analyse révélant une pollution sera écartée par l’ARS (Agence régionale de santé, chargée des analyses) si elle est réalisée pendant cette période. C’est un comble quand on sait que la cause admise de tous de la pollution est précisément la pluviométrie !!
Il pleut, je risque une pollution, je ferme et la pollution disparaît des bilans de l’ARS en fin de saison. C’est comme prendre sa température quand on n’est plus malade.

Se renseigner sur les profils de plages imposés par les directives européennes

Pourtant les directives Européennes obligent quand même à mener un travail d’identification des sources de problème pour chaque lieu de baignade. Il existe des documents obligatoires qui décrivent précisément tous les sites de baignade en Europe : les profils de baignade. Dans celui de Penfoul (révisé en 2018), par exemple, il est écrit que la plage a été fermée préventivement 36 % du temps entre 2015 et 2017 ! Et c’est comme cela sur toutes les plages du Pays d’Iroise. Ces documents sont publics ; il faut les demander en mairie.

Même en truquant les bilans, certains sites de baignade arrivent tout de même à être classés « insuffisants » .La directive européenne qui régit les eaux de baignade est claire : quand un site de baignade cumule 5 années consécutives en « insuffisant », le site est fermé de façon permanente et il est ensuite très difficile d’en obtenir la réouverture. La maire de Ploudalmézeau a inventé (sur les conseils de l’ARS !) la fermeture préventive annuelle. Comme cela, on casse les 5 années consécutives et on échappe à la fermeture permanente. La plage de Tréompan a rouvert cette année après avoir été fermée toute la saison 2018… et elle est classée état « excellent » pour l’été prochain. Le maire de Landunvez a suivi cet exemple avec sa plage du Château (insuffisant 4 années de suite) qui a été fermée toute la saison 2019 et rouvrira sans doute plus nette que nette en 2020.

Le plus simple des plaisirs, la plus accessible des activités (se baigner) se trouve être confisquée par ceux qui sont censés veiller à notre santé et notre bien être. En fermant une plage 1 jour sur 3 en saison, on évite aussi de résoudre le véritable problème : l’origine des pollutions et on éclipse une fois de plus le débat sur nos modes de production agricole.

Petits arrangements et évitement du débat sur le modèle agricole…

En Finistère, la plupart des plages sont les estuaires de petites rivières qui déversent les polluants terrestres directement dans la mer. Dans ces dossiers complexes, il est bien difficile de quantifier la part de bactéries d’origine animale et celles d’origines humaines (fosses sceptiques qui fuient…). Avec en sus des enjeux économiques colossaux, investissement réseaux, stations d’épuration des eaux usées d’une part et baisse de la pression animale sur nos territoires… Qui aujourd’hui est en mesure d’arbitrer pour dire qui et de combien il est responsable ?
Au final tout le monde se renvoie la balle et on préfère jouer avec la règle et regarder ailleurs.

Ou pire, on crie à l’ “agribashing”. Eau et rivières s’est positionné encore récemment sur ce sujet.

… cellule Demeter et inquiétudes pour la démocratie

L’association dénonce le franchissement d’un palier dans cette stratégie d’entrave au débat sur le modèle agricole : le 13 décembre 2019, alors même que notre pays est aux prises avec l’une des crises sociales les plus dures de la décennie, que les manifestations se succèdent et que les forces de l’ordre sont en première ligne, et parfois même accusées de dérapage, le Ministre de l’intérieur Christophe Castaner juge prioritaire de venir en Finistère accompagné de Christiane Lambert la présidente de la FNSEA signer une convention. Elle marque la création d’une cellule de gendarmerie portant le nom de la déesse Grecque des moissons Demeter. Sa mission est de s’attaquer aux « actions de nature idéologique, qu’il s’agisse de simples actions symboliques de dénigrement du milieu agricole ou d’actions dures ayant des répercussions matérielles ou physiques ». Eau et rivières de Bretagne dénonce un retour à la co-gestion agricole entre l’État et la FNSEA, et l’utilisation de la police républicaine aux ordres d’une structure privée (le syndicat agricole) : « la démocratie ce n’est pas pactiser avec les lobbies dans le dos de la société ». Le Mouvement des Coquelicots mais aussi Biocoop et la Confédération Paysanne (autre syndicat d’agriculteurs) se sont associés à la tribune à lire dans Reporterre.
Pour les signataires, cette cellule marque l’intimidation accrue de tous les adversaires décidés de la FNSEA, laquelle peut passer par la surveillance électronique, d’éventuelles écoutes téléphoniques, voire des filatures… Les associations de défense d’une autre modèle agricole dénoncent la criminalisation, précisant que leur contestation de l’agriculture industrielle (et non des agriculteurs eux-mêmes) a toujours été non-violente, qu’elle se fait au grand jour et particulièrement en faisant appliquer les lois de la République (qui se suffisent à elles-mêmes en cas d’intrusions et autres actions illégales).

Dans l’agenda d’Eau et rivières de Bretagne en janvier 2020

Samedi 1er février 2020, c’est la journée mondiale des zones humides ; vous pouvez aider à l’entretien de celle de Sainte-Anne-duPortzic à Plouzané à partir de 10h. Il y aura des animations à 14h.

Vendredi 7 février 2020, comme chaque premier vendredi du mois, on peut manifester contre l’utilisation des pesticides devant la mairie de sa commune à l’appel de Nous voulons des coquelicots.