Moules perlières d’eau douce – photo Hervé Ronné

Extrêmement menacée, la mulette perlière est une moule d’eau douce jadis très répandue dans les rivières bretonnes et normandes. La survie de l’espèce dépend d’une haute qualité des cours d’eau.

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Il existe plusieurs espèces de moules d’eau douce mais la mulette perlière (Margaritifera margaritifera) est sans doute la plus emblématique. Autrefois très abondante, elle a été surpêchée pour les perles que certains individus fabriquent (quand un corps extérieur entre dans leur coquille). Mais seule une moule sur 1000 produit des perles ; il a donc fallu ramasser de très nombreuses mulettes pour constituer colliers et ornements de costumes. Le dernier exploitant professionnel a travaillé jusqu’aux années 1950, en Bretagne.

Aujourd’hui, l’espèce est au bord de l’extinction. Il faut dire que la biologie de ce mollusque bivalve est particulièrement exigeante. Les moules d’eau douce se plaisent dans les cours d’eau vive et fraîche dont le débit est suffisant, mais pas trop pour permettre au lit de la rivière d’être couvert de sédiments “sableux”. En cas de vase, la mulette s’étouffe puisqu’elle vit à moitié enfouie dans le lit de la rivière, et même totalement dans ses premières années de vie.

Un cycle de reproduction original et exigeant

En outre, le cycle de reproduction de la mulette perlière est très spécifique et s’apparente à du parasitisme. Les larves (glochidies) sont expulsées de la femelle et doivent absolument s’installer dans les branchies d’un poisson de passage. Pas n’importe quel poisson : une truite ou un saumon ! Là, les petites mulette grandissent jusqu’à pouvoir rejoindre le fond de la rivière où elles s’enfouissent pour terminer leur croissance. Une fois adultes (au bout de 10 à 15 ans) elles peuvent enfin se reproduire et, si tout va bien, vivre jusqu’à 70 ans.

En Bretagne et Normandie, les mulettes perlières vivent dans les rivières des hauts de bassin versant (du Massif armoricain) mais elles sont en voie d’extinction. Après la sur-exploitation, beaucoup de facteurs se sont conjugués pour leur mener la vie dure : canalisation des rivières, création d’écluses et autres barrages, dégradation des berges, ruissellement excessif des eaux (qui drainent des sédiments fins) entraînent la modification du fond du cours d’eau (dépôt de vase) et de son débit, voire de sa température, et gênent aussi les poissons migrateurs dont elles dépendent. Evidemment, comme tout mollusque filtreur, les moules perlières sont sensibles aux pollutions diverses.

Des mesures de protection sans doute insuffisantes

On a pris conscience de leur quasi-disparition dans les années 1970 ; d’autres pays d’Europe comme la Tchécoslovaquie ont lancé des programmes de sauvegarde. Bretagne vivante a de son côté participé au programme européen Life moule perlière jusqu’en 2016. Des mulettes perlières ont ainsi pu être élevées en pisciculture et réintroduites dans le milieu naturel. L’association continue sa surveillance mais étant donné la longueur du cycle de vie de la mulette, on ignore l’efficacité de sa réintroduction. Le sauvetage de la mulette perlière est loin d’être garanti car il exige une très haute qualité des rivières qui va bien au-delà des exigences des politiques publiques.