Les oiseaux, comme le Rougegorge, n’étaient pas forcément plus nombreux pendant le confinement mais le calme ambiant nous a permis de mieux remarquer leurs chants – photo Yves Le Bail

Avec les naturalistes de l’association Bretagne vivante, on fait le point sur l’impact positif du confinement des humains sur les autres êtres vivants, végétaux et animaux.

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En début de confinement, Alain Thomas, bénévole de l’association et plus spécifiquement ornithologue

Quelques semaines après le confinement, Luc Guihard, salarié de l’association et plus spécifiquement botaniste

“La nature a repris ses droits” : c’est l’une des expressions les plus populaires pendant ce confinement. Qu’en est-il réellement ? Deux naturalistes de l’association Bretagne vivante reviennent sur cette période inédite pendant laquelle le retrait des humains a eu quelques effets sur les autres êtres vivants, du règne animal et végétal.

Les oiseaux, grandes vedettes du confinement

Il y a d’abord un biais de perception. L’arrêt de nombreuses activités humaines a considérablement réduit la pollution sonore et permis à d’autres bruits d’émerger dans le brouhaha ambiant, en particulier les chants et cris d’oiseaux. D’où notre impression soudaine de profusion alors qu’ils n’étaient pas réellement plus nombreux qu’avant… On y a simplement davantage prêté attention.

Ce qui est certain en revanche c’est que le confinement en France est intervenu en pleine période de reproduction des oiseaux. Certains ont donc profité d’espaces laissés vacants par les humains pour installer leurs nids et ensuite pour élever les jeunes sans être dérangés. C’est particulièrement vrai pour les oiseaux du littoral, habituellement fortement perturbés par les promeneurs (et leurs chiens !) comme les Gravelots à collier interrompu.

Toutes les espèces ont plus ou moins profité de notre absence

Le confinement a permis de mesurer à quel point notre espèce humaine est envahissante et perturbante : l’aménagement – et la simple présence humaine – de presque tout l’espace, les nuisances sonores, les pollutions de l’air, les pollutions des milieux aquatiques et terrestres, chimiques ou bactériologiques (qui elles n’ont guère disparu) sont autant de perturbations pour la faune et la flore.

L’arrêt de la gestion de certains espaces urbains a permis à des espèces florales de retrouver un milieu favorable, comme une petite orchidée qui est réapparue à Brest pendant le confinement. Les services de la Ville feront en sorte de la préserver. De même, une gestion plus légère des tontes et débroussaillages a favorisé la biodiversité dans les bords de routes. Les insectes ont sans doute aussi ponctuellement profité des milieux en friche plus nombreux (davantage de fleurs pour les pollinisateurs).

Même si c’est difficile à évaluer, les mammifères ou amphibiens qui se déplacent ont probablement échappé à bon nombre d’accidents routiers, grâce à la réduction du trafic, à l’instar des hérissons ou des crapauds. Il est trop tôt pour mesurer l’impact de l’arrêt de la chasse sur les espèces animales qui en sont la cible mais on peut supposer que les populations concernées seront en augmentation… et c’est globalement vrai pour toutes nos activités de loisir dans la nature qui sont souvent perturbantes.

Comment continuer sur notre lancée de respect des autres espèces vivantes

Alors bien sûr, il n’est pas question d’arrêter de fréquenter les milieux “naturels” (forêts, plages, rivages…), ne serait-ce que pour garder contact avec les autres animaux et les végétaux. Cependant, quelques bonnes pratiques pourraient nous permettre de réduire notre impact négatif :

  • tenir les chiens en laisse sur les plages (voire ne pas les promener du tout ; leur présence est d’ailleurs interdite du 1er juin au 30 septembre sur toutes les plages du Finistère sauf dérogation)
  • se promener sur les sentiers balisés ou sur l’estran à marée basse, le plus loin du haut de la plage
  • éviter de cueillir les fleurs sauvages
  • arrêter de prélever ou déplacer les galets (ce sont des habitats pour toute une microfaune)
  • pour les collectivités : gérer de façon plus lâche les espaces verts et laisser des parcelles en friche pour favoriser la biodiversité