Vaste domaine et vaste sujet que la plage. A tel point qu’elle fait même l’objet de recherches scientifiques. Le programme Plages vivantes s’intéresse à l’écologie de l’estran et de la laisse de mer mais aussi aux usages, aux visions esthétiques et au rapport sensoriel que nous entretenons avec la plage.

 

Le site internet du projet de recherche Plages vivantes

Entretien avec Alix Levain et Florence Revelin, anthropologues

Plages vivantes est d’abord un programme de sciences participatives pour inviter tout un chacun à observer la biodiversité des hauts de plages de la façade Atlantique : la “laisse de mer” ces paquets d’algues et autres débris marins laissés par la mer à marée haute et qui fourmillent de vie. Les observer permettra aux scientifiques de mieux comprendre et prédire les effets des changements globaux et locaux.

Mais le programme s’est peu à peu élargi en intégrant les sciences humaines et sociales – les “Humanités environnementales – qui se penchent sur les relations entre les humains et leur(s) milieu(x).

Radio Evasion vous propose une série d’émissions consacrées à Plages vivantes.

Dans ce premier épisode, nous écoutons deux anthropologues Florence Revelin et Alix Levain (CNRS/UMR Amure) qui observent la plage du côté des usages et interactions humaines qui s’y jouent : qui gère la plage et comment ? Comment occupe-t-on l’espace de la plage ? Qui se côtoie ? Qu’y fait-on, quand et comment ? Quelles ont été les évolutions de nos usages et de nos visions de la plage ?

Les chercheuses ont rencontré acteurs et usagers dans leurs enquêtes ethnographiques menées sur les plages de l’Atlantique voire de la Manche (avec un focus particulier à Concarneau et Trégunc) : collectivités locales, associations, conservatoire du littoral, professionnels, habitants…

La plage “propre” : ramasser ou pas la laisse de mer, nid de biodiversité ?

Du côté de la gestion des plages, les anthropologues ont constaté que les pratiques (multiples et très variées d’une plage à l’autre) ont beaucoup évolué ces dernières années en fonction des problématiques environnementales ; par exemple, le ramassage de la laisse de mer se poursuit intensément sur certaines plages (jugées “touristiques”) tandis que d’autres sont laissées à leur état naturel. Mais même sur les plages très “entretenues”, la biodiversité devient une donnée prise en compte depuis le milieu des années 2000. On peut parler d’écologisation de la gestion des plages.

Du côté des usages, on note une typologie des plages, de la plus “familiale” (accessible, avec du sable et de l’espace, à l’abri du vent si possible) à la plus “sauvage” (qui fait le bonheur des naturalistes. Les anthropologues ont constaté que certains usagers évitaient les plages/périodes où les échouements de laisse de mer étaient importants. Cependant, la majorité des usagers apprécient le caractère changeant du paysage de la plage, et en particulier de l’estran, espace de la marée.

L’accès à la plage, indispensable au bien-être ?

La plage est aussi un espace social, et ce rôle s’est particulièrement révélé à l’occasion des confinements : les récentes privations d’accès à la plage ont soulevé des réactions organisées (communautés de surfeurs) et différentes de ce qu’elles avaient pu être par le passé. L’accès à la plage est désormais revendiqué comme lié au bien-être général des usagers : sport, bol d’air, équilibre psychique…

D’autres chercheuses et chercheurs s’intéressent à nos rapports sensoriels avec la plage, lieu d’invention de « nouveaux modèles de corps », et à l’esthétique environnementale ; ce sera le thème du 2e épisode de cette série le vendredi 18 décembre 2020.

2 journées d’études « Des vies avec des plages »

Les journées d’études « Des vies avec des plages » permettent de mieux comprendre comment la complexité des formes de vie et d’expériences humaines et non humaines peut être appréhendée sur ces milieux fragiles, mouvants, et chargés de forts enjeux socioculturels, patrimoniaux, esthétiques, écologiques et économiques. Au programme : des recherches inter- et transdisciplinaires, des expériences et des études de cas locales, en sciences humaines et sociales (histoire, géographie, anthropologie, science politique, droit, économie, sociologie, esthétiques environnementales, arts) mais aussi en sciences de l’environnement, avec des spécialistes des écosystèmes des dunes, plages et estrans (écologues, phycologues), sans oublier les acteurs de la gestion et de la culture et leurs partenaires.

La première journée d’études a eu lieu le 10 décembre 2020 ; elle a été consacrée à l’approche historique de la plage en Bretagne mais aussi en baie de Los Angeles, mais aussi à l’approche esthétique (les vagues, l’imaginaire sensible à la mer) et à la recherche en art (en danse en particulier).  La seconde journée d’études est prévue le 30 mars 2020.