Pauline Huon est docteure en histoire a thèse a pour titre : La place du corps et des parures dans les rites de passage à Rome et en Italie du IIe siècle avant J.-C. au début du IIIe siècle après J.-C.

Les historiens s’intéressent depuis peu aux conceptions passées du corps humain et à ses constructions sociales. L’historienne Pauline Huon a examiné cette question dans l’Antiquité romaine, en particulier au travers des rites de passage. Nous la suivrons dans une série d’émissions. La première est consacrée au nouveau-né et aux nombreux soins que les Romains prodiguaient aux bébés.

Merci à la Société archéologique du Finistère pour son précieux concours. 

Pauline Huon a travaillé à partir des écrits d’époque, notamment des médecins romains, du IIe siècle avant JC au IIIe siècle après JC, mais aussi des reliefs funéraires, en particulier les récits de vie représentés sur les fresques qui ornaient les sarcophages des défunts. Evidemment, ce sont les visions et les pratiques des classes sociales supérieures qui sont les mieux documentées. Il reste difficile de connaître celles des Romains les plus pauvres. Dans cette première émission, l’historienne nous explique comment on percevait le nourrisson durant l’Antiquité romaine et comment on soignait le nouveau-né.

Un corps contrefait à assainir et remodeler

A peine sorti du ventre de sa mère, le bébé était posé au sol, en connexion avec la terre, et examiné sous toutes les coutures pour évaluer son état de santé mais aussi sa physionomie, ou plutôt sa “difformité”. Le corps du nouveau-né romain est perçu comme défectueux, très imparfait. On considère le bébé comme un être animal, quasi-végétatif, seulement capable de pleurer.
Tous les soins qui suivent la naissance vont d’ailleurs dans le sens d’un nettoyage et même d’un façonnage du bébé pour le séparer de son état originel. Pour autant, la coupure du cordon ombilical est un acte essentiellement médical et pas ou peu ritualisé.

Le bain est en revanche très important : on frotte le bébé au sel, on ajoute au bain des plantes aromatiques ; pour certains (les Spartiates), une immersion dans du vin ou de l’urine permet une sélection des plus forts. Les plus fragiles des bébés peuvent être enduits de miel.
Le premier bain est très symbolique : « Le nouveau-né est traité comme un être à la fois vulnérable et dangereux puisqu’il menace l’équilibre familial, et nécessite la mise en place de précautions particulières. Cet être impur doit être lavé avant de pouvoir être intégré dans sa nouvelle condition » précise Pauline Huon dans sa thèse.

Pour parfaire cette purification, le nouveau-né est mis à la diète pendant les deux premiers jours de sa vie. La mortalité infantile importante conduit cependant les médecins romains à rectifier leurs prescriptions : on peut donner à l’enfant de l’eau sucrée de miel ou lui faire lécher un pain de graisse. En tout cas, le colostrum, considéré comme un lait impur, est proscrit. Certains médecins encouragent les mères à nourrir elles-mêmes leurs enfants mais les aristocrates romaines qui craignent la fatigue ou la déformation de leur poitrine préfèrent l’intervention de la nourrice, laquelle est rigoureusement sélectionnée (il convient notamment qu’elle soit célibataire car les rapports sexuels sont réputés tarir le lait).

Pratiqués juste après le bain, les massages s’apparentent à de véritables séances de sculpture du corps du bébé. On les pratiquera très régulièrement pour pallier la difformité du corps du nourrisson : étirer les jambes, donner au crâne la forme qui convient, prévenir toute infirmité…
Le massage prépare l’emmaillotage : pour les filles, il doit permettre l’élargissement des hanches et resserrer le thorax (les Romains apprécient les poitrines plates et les femmes chétives). On emmaillote les nouveaux-nés romains avec des en tissus recyclés, de vieux vêtements, rouges en particulier car cette couleur éloigne le mauvais œil. Les bébés restent emmaillotés environ deux mois.

De multiples divinités protectrices et autres amulettes enfantines

Les Romains invoquent des divinités fonctionnelles pour chaque action de développement du nouveau-né : Vaticanus pour les vagissements, Potina pour l’alimentation, Paventia pour éloigner les peurs de l’enfant. Ce sont les auteurs chrétiens qui mentionnent  (et critiquent) cette foule de divinités, sans préciser davantage les rituels qui permettent de s’attirer leurs bonnes grâces. Les reliefs funéraires montrent des enfants parés d’ amulettes : bulla pleine de cailloux qui effraient les mauvais esprits, lunula qui accompagne les filles toute leur vie, phallus (scaevola) pour attirer la protection du dieu Fascinus sur les garçons…
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