Les collectivités n’ont plus le droit d’utiliser des produits phytosanitaires dans les espaces verts depuis la loi Labbé entrée en application en 2017. Cependant, il reste quelques dérogations pour les cimetières et terrains de sport, jusqu’en 2022. La Maison de l’agriculture biologique du Finistère nous explique comment se passer de pesticides dans ces espaces et faire évoluer les mentalités.

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Charly Rio, chargé de mission jardinage espaces verts sans pesticide

La loi Labbé entrée en vigueur en 2017 interdit l’utilisation des produits phytosanitaires par les particuliers et, en ce qui concerne les collectivités locales, dans les espaces publics (parcs, jardins, parterres). Mais pour ces dernières, il reste encore des tolérances qui concernent les cimetières et les terrains de sports.

Changer le regard sur les cimetières

Les cimetières sont des lieux à propos desquels les tabous et visions sont marqués et tenaces. Pour de nombreux usagers, laisser pousser les herbes folles entre les tombes est perçu comme un abandon et un manque de respect pour les défunts. La conception très minérale du cimetière français aide peu à accepter que le végétal y gagne du terrain. Les agents communaux sont souvent pris entre les injonctions : arrêt des pesticides ou “nettoyage” des allées…pas toujours facile à concilier, surtout dans les petites communes aux moyens modestes. Certaines résolvent temporairement la question en invitant les citoyens à participer au désherbage du cimetière. C’est alors l’occasion d’un moment de pédagogie, pour s’interroger sur les plantes qu’on peut laisser pousser parce qu’elles fleurissent. Un retour vers le passé est toujours éclairant : dans les années 1920/30, il était fréquent de voir pousser les herbes folles entre les graviers sans que cela choque outre mesure.

Certaines communes vont plus loin et enherbent des parcelles de cimetière, voire installent des bandes fleuries. Un cadre paysager plus large est pensé pour l’ensemble du cimetière, réfléchi comme un parc (à l’anglo-saxonne) avec arbres, arbustes, fleurs, plantes… mais souvent cela suppose de reprendre l’ensemble du cimetière, ce qui nécessite un travail préparatoire et des investissements lourds.

Il faut cependant réfléchir à ces questions, d’autant plus que la loi Labbé va évoluer et l’interdiction des pesticides sera totale dans les espaces publics en 2022, donc dans les cimetières, mais aussi sur les terrains de sport.

L’entretien des terrains de sport

En ce qui concerne les stades enherbés, les solutions pour se passer de pesticides relèvent de l’agronomie. Pour qu’une pelouse pousse bien il faut qu’elle soit aérée. Or, la pratique du football ou d’autres sports d’équipe va de pair avec un tassement du sol, par le piétinement des joueurs ou le passage du rouleau compresseur. Dans ce cas, il faut composer : favoriser la macro-aération du sol avec des outils spécifiques, assurer la micro-aération par l’entretien de la vie du sol (apport de composts et autres amendements organiques) ; cela nécessite une certaine technicité donc une formation adaptée des agents chargés de ces terrains.

La nature en ville

La formation des agents des espaces verts évolue, l’outillage aussi : de nombreux outils mécaniques sont adaptés au jardinage et à l’entretien des espaces verts sans pesticide, avec une ergonomie propre à épargner aux agents les troubles musculo-squelettiques. Ce sont souvent des outils conçus dans les villes d’Europe du Nord où l’intégration paysagère de la nature en ville est déjà ancienne.

Cette intégration peut aller bien au-delà de la seule suppression des pesticides. Elle passe par une meilleure acceptation des plantes sauvages, pourquoi pas en proposant un parcours botanique, elle passe aussi par l’utilisation des animaux, pour l’entretien des espaces verts (animaux de traction, moutons et chèvres pour la tonte) ou pour la pollinisation (ruches installées sur les bâtiments publics). Plus récemment, grâce aux Projets alimentaires de territoire (Pat), les collectivités locales se mettent même à penser production alimentaire : plantation de fruitiers à disposition des habitants ou de vergers ou maraichage en régie municipale (à destination des cantines scolaires), légumes pour tous dans les parterres…

Les mentalités changent peu à peu, pour prendre en compte le changement climatique ou préserver la biodiversité et il semble bien que les périodes de confinement aient renforcé la tendance.