Scène d’un mariage romain scellé par un dextrarum iunctio (jonction des doigts) entre les époux, sur un sarcophage du musée des Offices à Florence.- photo Pauline Huon

Troisième épisode de notre série historique sur la vision du corps humain durant l’Antiquité romaine, du IIe siècle avant JC au IIIe siècle après JC, avec Pauline Huon qui a consacré sa thèse à ce sujet. Le mariage était l’événement qui marquait définitivement l’entrée dans l’âge adulte, en particulier pour les jeunes filles à qui on rappelait au passage l’enlèvement des Sabines, acte fondateur de Rome.

Merci à la Société archéologique du Finistère pour son précieux concours. 

Comme nous l’a appris la précédente émission, la sortie de l’enfance chez les Romains est progressive sans être véritablement qualifiée. Pour les jeunes hommes, des rites sociaux marquent l’entrée dans l’âge adulte. Pour les jeunes filles, c’est le mariage qui en est l’acte essentiel. Même si la puberté légale est fixée à 12 ans pour les filles et 14 ans pour les garçons, les mariages intervenaient rarement avant 15 ans (sauf les mariages impériaux, pour des raisons dynastiques). On laissait aux jeunes romaines le temps de sortir de l’enfance physiologique, d’avancer en puberté et d’être réellement capable de supporter l’acte sexuel  Contrairement aux garçons, les filles n’étaient pas censées expérimenter les relations sexuelles avant leur mariage.

La future mariée romaine dans sa bulle

Tout un cortège de rituels, attributs, soins font d’ailleurs de la future mariée romaine une “forteresse” très protégée et préservée. Puisque  le mariage est pour elle l’entrée en âge adulte, c’est à l’occasion de son union qu’elle abandonne ses attributs d’enfance comme ses jouets et sa poupée (aux allures de femme), mais aussi la toge prétexte, offerte aux dieux protecteurs. La veille de son mariage, elle revêt une tunique droite qui rappelle les cérémonies ancestrales (étrusques) qu’elle porte aussi le jour de son mariage sous une large toge (vêtement unisexe). Pas de robe de mariée somptueuse, la mariée est de toute façon couverte d’un vaste voile, le flammeum de couleur jaune, jugée protectrice ; la couleur également de ses chaussures (en cuir souple et plates, très simples mais confortables). Sa coiffure, celle des vestales, est aussi révélatrice du souci de chasteté (comme les prêtresses de Vesta qui devaient se garder de tout rapport sexuel). La jeune fille est l’objet de soins corporels importants et ritualisés. Quant au marié, il est moins apprêté que sa future épouse mais il doit cependant s’oindre d’onguents parfumés. 
La mariée est préservée des regards des autres hommes mais aussi des mauvais sorts ou de la vision de scènes inconvenantes. Elle ressemble aussi aux premières “mariées romaines” les Sabines dont l’enlèvement est considéré comme acte fondateur de Rome.

Le rappel de l’enlèvement des Sabines

Le rapt des Sabines est par ailleurs évoqué lui aussi lors de la cérémonie de mariage.
La mariée est d’abord peignée avec une “lance du célibataire” ; un rappel guerrier, peut-être une autre référence à l’enlèvement des Sabines même si le geste revêt aussi une dimension religieuse, pour éloigner les démons supposés habiter la chevelure de la femme.

La cérémonie privée – dans la maison de la mariée – n’est pas présidée par un prêtre ou une prêtresse. Les époux échangent leurs vœux inscrits sur tablettes devant témoins (indispensables) ; ils partagent un gâteau, le far (d’épeautre, très différent du far breton) et concluent l’ “affaire” avec la dextrerum iunctio une poignée de main qui formalise l’union. Ce type d’accord est surtout nécessaire dans les familles aisées car d’une façon générale, le mariage romain est très peu formel. Le mariage per usum est ainsi acquis lorsqu’un couple a vécu une année sous le même toit sans avoir passé plus de trois nuits en dehors du foyer.

Noce publique en cortège festif

Après le mariage privé, vient la noce publique. Les amis arrachent la jeune femme des mains de sa mère (un autre rappel du rapt des Sabines, théâtralisé avec faux pleurs de la jeune épousée et de sa mère) et l’emmènent dans la maison de son mari, en cortège festif voire grivois ; on jette des noix sur les mariés (les noix sont un symbole d’enfance pour les Romains) !

Au seuil de sa nouvelle domus, la jeune épousée suit un rite d’agrégation avant d’être accueillie par son mari. La future matrone romaine doit notamment enduire le pourtour de la porte de graisse animale ; ses amis la portent pour lui faire franchir le seuil en lui évitant toute chute de funeste présage.

La nuit de noces peut alors commencer. Nous y reviendrons dans la prochaine émission consacrée à la conception dans l’Antiquité romaine.