La Bretagne compte 15 % de son territoire en surface boisée (contre 30 % pour l’ensemble du territoire français). Mais dans le numéro 241 de sa revue Penn ar Bed, Bretagne vivante nous fait découvrir les multiples réalités écologiques de ce qu’on appelle « forêt ».

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Alain Thomas, vice-président de Bretagne vivante

Ce qu’on appelle forêt peut finalement désigner de très nombreuses réalités : les forêts primaires (qui existent indépendamment des humains, absentes de France) et les forêts « anciennes » (dans lesquelles il n’y a pas eu de déboisement depuis 2 ou 3 siècles, à l’instar des forêts du Cranou ou de Landévennec) sont celles qui viennent le plus à l’esprit. D’emblée, une question se pose : une forêt est-elle d’origine humaine et forcément « gérée » avec des arbres plantés, comme ces boisements en monoculture de résineux (épicéas de Sitka, Douglas), tous bien alignés, qui ont recouvert certaines parcelles des monts d’Arrée dans les années 1960/80 ? Il existe pourtant aussi des parcelles forestières volontairement sans intervention humaine, comme les Réserves biologiques intégrales que l’Office national des forêts préserve dans les forêts domaniales ; la RBI du Loch à Landévennec en est un bon exemple.
 

Le bocage, un autre nom de la forêt

En outre, les naturalistes ajouteront au panorama forestier breton la forêt bocagère ou forêt linéaire : les talus parsemés d’arbres qui enclosent champs et prairies constituent en effet des milieux riches en biodiversité. S’ils sont suffisamment nombreux, ce sont des corridors dans lesquels les espèces – animales ou végétales – se déplacent et donc peuvent prospérer. La disparition du bocage en Bretagne depuis quelques décennies, suite au remembrement agricole est évaluée à 220 000 kilomètres de linéaire ! Si on calcule la surface boisée que couvraient les arbres ces talus, c’est l’équivalent de 4 fois la forêt de Fontainebleau qui a disparu dans notre région. Et le mouvement continue, même si un programme comme Breizh bocage permet de le ralentir.
 

Le délicat équilibre d’une forêt multifonctionnelle

Le plan Breizh forêt bois tente de retrouver un équilibre entre les usages de la forêt : production de bois, lieu de promenade et de loisirs, réserve de chasse et milieu de biodiversité. Mais tous ces usages ne sont pas forcément conciliables partout. Les propriétaires forestiers privés, majoritaires en Bretagne, ont parfois des exigences de production qui sont peu compatibles avec la variété des essences et le temps long qui permet à la biodiversité de s’installer.
D’autres programmes comme Life Landes d’Armorique prévoient en revanche des déboisements de ces parcelles de résineux dont l’intérêt écologique est faible.
 
La forêt nous rend de nombreux services écologiques : régulatrice du climat en captant le carbone et en produisant de l’oxygène, sans oublier l’effet « rafraichissant » de son ombre, partie prenante du vaste cycle de l’eau et habitat de nombreuses espèces inféodées au milieu forestier. Récemment, on a découvert des ormaies en lisière de littoral, dans des zones de falaises des Côtes d’Armor. Les phytosociologues ont identifié 16 types de forêts naturelles en Bretagne qui méritent qu’on les observe et qu’on les préserve pour leurs spécificités. Il faut changer notre regard sur ce qu’est la forêt et l’imaginer dans toute sa diversité.