Fin 2020, le Finistère a passé le cap des 1000 fermes bio. C’est l’occasion de faire le point sur la situation et la progression de l’agriculture biologique avec la Maison de l’agriculture bio – groupement des agriculteurs bio du Finistère.

Retrouvez régulièrement la Maison de la bio du Finistère dans Lem

Le Finistère compte officiellement fin 2020 1011 fermes en agriculture biologique, en élevage laitier et maraîchage pour les deux tiers. Les exploitations bio représentent désormais 15,6% des fermes finistériennes et 8,3% de la surface agricole utile (les exploitations sont de petite taille). En quinze ans, le nombre de fermes bio a été multiplié par quatre dans le Finistère. La progression est donc forte même s’il reste encore un gros potentiel avant d’atteindre une majorité de fermes bio dans le département.

Toutes les productrices et les producteurs bio ne sont pas adhérents de la Maison de l’agriculture biologique du Finistère (Mab 29) et du Groupement des agriculteurs bio (Gab) mais les deux  structures constatent qu’elles sont de plus en plus sollicitées par des agriculteurs “en conventionnel” qui souhaitent adopter telle ou telle technique de l’agriculture biologique comme le désherbage mécanique. La Mab et le Gab accompagnent particulièrement celles et ceux qui s’installent et un nouvel enjeu se dessine : 30 % des fermes bio du Finistère seront concernées par un départ en retraite de leur exploitant/e d’ici 7 ans. L’important sera de conserver la certification et d’éviter que les terres soient revendues pour de simples extensions d’exploitations, pas forcément certifiées en agriculture biologique.

Une majorité en conversion

L’ensemble des productions agricoles du Finistère est varié, les tailles d’exploitations aussi et il y a en fait toute une déclinaison des modes de production, du plus bio au plus intensif, en passant par le bio à grande échelle ou le petit paysan non certifié bio mais qui applique nombre de techniques qui le rapprochent de la certification. Cette certification, en cas de conversion, est de minimum 2 ans (délai administratif) et elle sera ensuite plus ou moins longue selon le modèle agricole qui se convertit.

Chaque année, entre 70 et 80 agricultrices/teurs du Finistère se convertissent. Les conversions sont motivées par les multiples avantages de l’agriculture biologique : intérêt économique, (moins de produits à acheter, de meilleurs prix de vente des productions et donc un revenu plus élevé), travail plus simple, respect de l’environnement, santé des agriculteurs (et des consommateurs ) sans oublier l’intérêt psychologique (se sentir en phase avec la demande sociétale, bénéficier d’une meilleure image).

Une certification en perpétuelle évolution

Les critères de certification sont définis par la réglementation européenne mais évoluent tout le temps, selon une démarche pragmatique : des objectifs sont fixés et au bout d’un certain délai, la réglementation s’applique. Par exemple, le chauffage des serres en bio est encore autorisé, mais pour des produits commercialisés entre le 1er avril et le 1er décembre et le chauffage doit être assuré avec énergies renouvelables.

Il reste encore de nombreux sujets en débat, notamment autour du bien-être animal : est-il normal que les veaux élevés en bio restent perpétuellement à l’intérieur ? Doit-on continuer à couper les cornes des vaches ? L’abattage des animaux n’est pas intégré au cahier des charges spécifique à l’agriculture biologique mais l’objectif est davantage de faire évoluer les normes globales des abattoirs pour plus de bien être animal et… humain.

Autre point aveugle de la certification bio, malgré les demandes des professionnels : les normes sociales. L’État et l’Union européenne s’en tiennent à un cahier des charges purement technique qui ne prend pas en compte la qualité du travail et le bien-être des salariés. Il faut se tourner vers des labels privés pour que ces exigences soient considérées : Bio français équitable, ou Nature et progrès.

Le modèle agricole en transition ?

Localement, les chambres d’agriculture s’adaptent puisqu’elles représentent toutes les agricultures ; elles sont contraintes de prendre en compte la volonté des agriculteurs qui se convertissent, et les données externes, comme les demandes des consommateurs. Le système agro-industriel reste très installé et l’inertie est forte mais les grande coopératives de transformation s’adaptent et toutes développent désormais les gammes de produits bio.

Quant à la question du prix des produits de l’agriculture biologique, il faut la considérer dans son ensemble, en évaluant le coût réel des productions non biologiques en termes de pollutions, santé publique, impact sur l’emploi, etc. L’augmentation du coût de l’énergie (fabrication des engrais et produits phytosanitaires, transport des fournitures et des récoltes) va faire apparaître l’agriculture biologique locale de plus en plus “bon marché”.