Quels sont les liens entre agriculture et biodiversité ? On creuse le sujet, en particulier en Bretagne avec la Maison de l’agriculture bio – groupement des agriculteurs bio du Finistère.

Retrouvez régulièrement la Maison de la bio du Finistère dans Lem

Réécoutez l'interview de Jérôme Lepape, chargé de mission Gab 29

L’agriculture en Bretagne occupe 65 % de la surface du territoire, d’où l’impact que cette activité a sur la biodiversité. En effet, sans intervention humaine, un milieu naturel est forcément équilibré. La mise en agriculture crée donc forcément des déséquilibres qu’il faudra ensuite contrebalancer.

L’agriculture ne peut cependant se passer de biodiversité ; il ne peut pas y avoir de reproduction des plantes à fleur sans la cohorte des insectes pollinisateurs, abeilles et autres.

Depuis quelques années, les chutes des effectifs d’insectes, d’oiseaux, de chauve-souris ont commencé à alerter sur l’impact de pratiques agricoles spécifiques, en particulier l’apport de pesticides. L’utilisation de produits phytosanitaires en agriculture a encore augmenté de 25% entre 2011 et 2018 en France.

Changer le “regard agricole” sur le milieu naturel, du sol au ciel

Le sol est trop souvent perçu comme un simple support dont on ignore la biodiversité : or, c’est bel et bien un milieu qui abrite toute une vie complexe et construite faite de champignons, bactéries, arthropodes, vers, etc.  L’usage massif des engrais minéraux a déstabilisé cet équilibre : les ammonitrates qui donnent de l’azote disponible immédiatement aux plantes mais ne nourrissent pas le sol et ses autres habitants. Un sol sans vie est aussi un sol qui s’érode et qui disparait tout simplement. Les pratiques évoluent et des réactions existent comme l’agriculture dite de “conservation” qui renonce au labour par exemple. Il existe aussi des méthodes de régénération des sols par apport de matières organiques équilibrées de type compost. De même, la complémentarité des agricultures (élevage associé à la polyculture) et la diversification des productions permettent de préserver ou de rétablir une cercle vertueux pour le sol.

Les humains peuvent aussi s’appuyer sur la symbiose entre cultures et vie sauvage : ainsi en est-il des auxiliaires comme les chauves-souris pour lutter contre les vers de la pomme ; on réinstalle des habitats pour ces mammifères dans les vergers… De même, un couple de mésanges mange 200 à 300 chenilles par jour ; poser 1 ou 2 nichoir(s) à l’hectare suffit pour que les récoltes ne soient plus menacées.

Réduire l’uniformisation et la spécialisation agricoles

La biodiversité concerne les espèces animales, végétales, leurs habitats mais aussi la variété génétique. Laquelle est forcément moindre en monoculture et mono-élevage.

La Maison de l’agriculture bio du Finistère installe de plus en plus d’agricultrices et agriculteurs en pluri-production : polyculture élevage, extensif ; avec un retour des systèmes herbagers qui favorisent eux-mêmes la biodiversité puisqu’ils préservent des habitats pour les insectes, oiseaux et micro-organismes utiles : prairie, bocage, talus, points d’eau et zones humides…

En agriculture, la recherche de performance a centralisé les productions et spécialisé les régions pour répondre à une demande économique mondiale ; mais cette logique n’a pas tenu compte des exigences agronomiques et écologiques.

Or, le manque de diversité génétique des plantes cultivées ou des animaux élevés les rend plus vulnérables. Une variété est atteinte par une maladie ou un parasite (comme la betterave sucrière) et toute la production est touchée. Si une variété sélectionnée peut se montrer résistante pendant quelques temps, cela ne dure pas… la nature “reprend ses droits”, de “nouveaux variants” surgissent et l’espèce produite ne peut plus y résister. Le vivant s’adapte ; la spécialisation est un enfermement.

Privilégier la diversité des productions et la diversité génétique au sein de ses productions permet de faire face aux agressions, de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier.

Certains agriculteurs travaillent donc à la préservation d’une diversité de semences et pratiquent une veille de la génétique et des adaptations des espèces aux conditions locales ou aux évolutions du climat…

Le changement climatique risque d’accentuer la perte de biodiversité ; il a déjà commencé à frapper plus fréquemment et plus durement les récoltes, à perturber des milieux qui s’adapteront d’autant mieux qu’il y aura une diversité d’espèces cultivées ou élevées. Un système agricole diversifié subira les effets du changement climatique mais moins qu’un système trop homogène.