Alors que Tony Allen nous a quitté il y a un an, cet album nous rappelle à quel point il a marqué le monde la musique. Un héritage musical, humain et spirituel qui va perdurer longtemps, comme le montre ces collaborations avec de jeunes rappeurs

Le dernier album de Tony Allen, There Is No End, est sorti le 7 mai 2021 chez le label Blue Note.

Le 30 avril 2020, Tony Allen nous quittait, l’année de ses 80 ans. Tony Allen était le co-inventeur de l’afrobeat avec Fela Kuti. Il a inventé de nouveaux grooves avec sa batterie à partir de rythmes traditionnels d’Afrique de l’Ouest, entre Ghana et Nigéria. Il a aussi baigné dans le jazz et le bebop, avec comme références les batteurs Gene Krupa, Max Roach et surtout Art Blakey. Mais il ne s’est pas limité au Highlife, au jazz et à l’afrobeat, loin de là. Si ses racines sont bien ancrées dans la musique qui l’a précédé, Tony Allen a surtout porté son regard sur le futur. Avec sa créativité sans limite, il a porté sa musique vers de nouveaux genres, et surtout vers les nouvelles générations ; du funk à l’électro, et dernièrement au hip-hop. On peut noter ses nombreuses collaborations avec Damon Albarn, le leader de Blur et Gorillaz. Ils ont d’ailleurs monté 2 supergroupes, c’est à dire une collaboration de grands artistes issus de groupes déjà reconnus. Dans un tout autre genre, on peut parler de sa collaboration avec Jeff Mills, pionnier de la musique techno. Mais c’est bien dans l’univers du hip hop que s’est lancé Tony Allen pour cet ultime album.

Avant sa disparation, Tony Allen avait déjà bien entamé son projet de faire un album avec de jeunes rappeurs. Heureusement, il avait enregistré les pistes de batterie à part, ce qui a permis l’existence de cet album. Tous les artistes présents dessus n’ont pas pu le rencontrer en studio, mais grâce à des personnes comme le producteur Vincent Taeger, le résultat est fidèle à la volonté de Tony Allen. Il souhaitait offrir un monde de liberté d’expression et de création à de jeunes générations de rappeurs. Pour cela il a cherché de nouveaux sons de batterie et il s’est plongé dans les grands classiques du hip-hop.

Tony Allen a dit « Je mets en scène un univers dans lequel les rêves peuvent naître ». Il était de ceux qui considèrent la batterie comme un instrument d’accompagnement. Et cette humilité se ressent à toutes les échelles : il souhaitait être la toile de fond sur laquelle pourrait s’exprimer tous ses collaborateurs. Et pour cela, quoi de mieux que d’avoir un jeu aussi solide et rempli de nuances que le sien ? Quand on regarde Tony Allen jouer, on ressent une forme de sérénité : il affichait un flegme légendaire, il semblait à peine effleurer sa batterie, comme si elle était recouverte d’un drap de soie. Il n’était pas démonstratif, au contraire plutôt dans l’économie de mouvements. Ainsi il assurait une base rythmique solide et offrait une bulle temporelle pour les autres.

 

« Je joue ta musique, tu joues la mienne. La musique ne finit jamais ». Ces mots de Tony Allen ont aujourd’hui une saveur particulière. Ils résonnent particulièrement avec cet album, le bien nommé There Is No End (” il n’y a pas de fin “). La notion d’échange et de transmission est bien sûr forte ici, mais avec sa disparation, tout cela prend un autre sens. C’est tout l’héritage musical et spirituel de Tony Allen qui continue, au-delà de la mort et pour longtemps encore. Il restera à jamais un grand artiste, et sa vision de la musique continuera d’inspirer de nombreuses personnes dans le monde entier.