Les épizooties se multiplient dans les élevages. Or, les lois pour renforcer la biosécurité (et éviter les contaminations vers les humains) ont tendance à enfermer davantage les animaux et à contraindre les éleveurs qui pratiquent le plein air à prendre des mesures contraires à leur plan de financement et à leur éthique. Le Civam nous explique son point de vue et une agricultrice témoigne.

Emission mensuelle réalisée en partenariat avec le Civam Finistère 

Réécoutez l'interview d'Anne Desallais, agricultrice et Laura Lagache du Civam du Finistère

La biosécurité, littéralement “sécurité du vivant” désigne l’ensemble des mesures qui sont prises pour éviter aux agents pathogènes dangereux pour la santé humaine de se répandre : bactéries, prions (comme dans la maladie dite de la “vache folle”) ou virus comme ceux des grippes ou les coronavirus…

Les origines des épizooties

Les épidémies animales  – épizooties – sont certes souvent “sauvages” au tout début. Les virus sont présents chez d’autres animaux, sauvages. En cas de contact avec un animal d’élevage, la contamination peut être rapide et le virus peut muter et devenir ensuite transmissible aux humains (on parle alors de zoonose). C’est ce qui se produit régulièrement dans le cas des influenzas (grippes) aviaires ou porcines. Les mesures sanitaires prises au niveau européen concernent donc avant tout les volailles (poules, dindes, canards, oies) et les porcs. Depuis quelques années, de très nombreuses épidémies ont affecté les animaux d’élevage et les humains, souvent depuis l’Asie. La grippe H5N1 ou grippe A est ainsi une zoonose d’origine aviaire qui a failli se transformer en pandémie humaine…

D’autres zoonoses nous ont affecté ces dernières années : la “vache folle” encéphalite spongiforme bovine était due à un prion transmis dans les farines animales qui servaient de nourriture aux bovins et que les humains pouvaient à leur tour ingérer (et en subir les conséquences).

Une législation biosécurité récente conçue pour l’élevage industriel et…inefficace

Les mesures de biosécurité sont récentes. Au niveau européen, elles datent de 2016. L’Union européenne fixe un cadre et les États l’appliquent sur leur territoire en fonction de la situation. Pour l’instant, tous les décrets sont allés dans un sens : enfermer les animaux d’élevage à l’intérieur ou les protéger avec des filets ou des clôtures électriques ce qui suppose de gros investissements ou va carrément contre l’esprit même des petits élevages. Cet hiver, à cause d’une influenza aviaire, les poules ont dû rester dans les bâtiments et la mention “plein air”, sur les œufs par exemple, était donc mensongère.

En outre, les mesures préconisées pour éviter les contaminations des élevages sont plutôt invalidées par les faits : en Pologne où tous les élevages sont en intérieur, les épizooties se poursuivent pourtant… Quant à l’hypothèse des contaminations d’élevages de volailles par des oiseaux migrateurs qui se poseraient dans leurs enclos, l’ANSES a récemment sorti une étude qui la contredit.

Le rôle de l’alimentation extérieure et du transport dans les contaminations du bétail

En fait, les maladies qui atteignent les élevages peuvent passer par bien d’autres canaux, notamment les intrants (nourritures achetées à l’extérieur) ou les transports (contacts pendant le déplacement).

Ensuite, la propagation d’une maladie est d’autant plus rapide que les animaux sont nombreux et concentrés en un même endroit. La résistance aux pathogènes est aussi moindre si les animaux sont génétiquement semblables.

Bref, ce sont bien les conditions de l’élevage industriel qui renforcent les risques d’épizooties et donc de zoonoses. Et si les maladies sont souvent originaires d’Asie, la taille démesurée des élevages et la mondialisation des échanges contribuent à répandre encore plus toutes sortes de pathogènes.

Pourtant, ce sont les petits élevages qui subissent les conséquences de la législation biosécurité actuelle : les investissements qu’il faut réaliser (bâtiments, filets, protections) sont très coûteux et menacent la rentabilité des petites productions. Si un éleveur “plein air” est obligé d’enfermer ses animaux, ces derniers ne peuvent plus se nourrir sur ses terres et il faut alors acheter des aliments, ce qui coûte cher et réduit l’autonomie de l’éleveur. Alors que ce sont ces petits élevages qui finalement cumulent les avantages pour prévenir les épizooties : moins de transports, moins de concentration, moins d’intrants et une diversité génétique des animaux qui favorise la résistance aux maladies ; sans oublier le bien-être animal, question sociétale omniprésente.

Le Civam et les défenseurs d’un modèle agricole à taille humaine militent donc pour d’autres mesures de biosécurité, adaptées à leur modèle économique et surtout plus efficaces au final pour la santé humaine.