Après l’élection présidentielle française de 2022, panorama des orientations politiques des gouvernements des pays de l’Union européenne avec Breizh Europe Finistère.

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Par Josselin Chesnel, cofondateur de Breizh Europe Finistère

Après le second tour de la dernière élection présidentielle française du 24 avril 2022, voici un état des lieux actualisé des forces politiques qui gouvernent les Etats membre de l’Union européenne.
Emmanuel Macron a été réélu président de la République française et cela aura des conséquences pour les autres pays européens qui regardaient avec une certaine appréhension cette journée de vote en France, craignant les répercussions nombreuses d’une victoire de l’extrême droite pour le fonctionnement même de l’Union. La peur partagée dans les institutions, mais aussi au sein de la très grande majorité des pays voisins, c’était celle d’un arrêt forcé de l’Union, de son fonctionnement, craignant effectivement que celle-ci survive très difficilement à une France qui s’isole et laisse l’Allemagne seul moteur politique, alors même que celle-ci n’est actuellement clairement pas exempte de reproches, s’il s’agissait de mentionner rapidement la crise ukrainienne (qu’on a par ailleurs évoquée dans notre dernière chronique) et le refus de
Berlin de mettre un terme aux importations de pétrole et de gaz russes.
Bref, la Commission avait même reporté à l’après-second tour français plusieurs discussions importantes qui devaient avoir lieu, notamment s’agissant des sanctions européennes contre la Russie, pour ne pas que la nouvelle présidente éventuellement élue n’en casse le principe pourtant préalablement adopté par tous en Europe. Mais c’est bon, ces craintes appartiennent maintenant au passé, et les Européens se sont même empressés de féliciter le président français réélu, quand ils ne l’avaient pas carrément soutenu entre les 2 tours, d’Ursula von der Leyen pour la Commission européenne à Charles Michel pour le Conseil européen en passant par Roberta Metsola pour le Parlement européen, Pedro Sanchez pour l’Espagne, Antonio Costa pour le Portugal, ou encore Olaf Scholz pour l’Allemagne, ces trois derniers étant à la tête de gouvernements de coalitions de gauche, social-démocrates, écologistes et libérales et ayant signé une tribune dans le journal Le Monde pour appeler les Français à l’élire, soucieux de l’avenir de l’Union européenne.

L’élection a donc effectivement des conséquences, puisqu’elle permettra vraisemblablement la continuité de l’action résolue des Européens quant à bien des aspects, de la guerre dramatique en Ukraine aux avancées attendues sur les sujets environnementaux en passant par la politique communautaire à mener à l’endroit des géants du numérique, à titre d’exemple. Mais on pourrait préciser que l’élection française n’est pas la seule à avoir eu lieu hier et portant potentiellement des conséquences pour d’autres Etats membres de l’Union…

Basculement politique en Slovénie

En effet, il y a également eu un processus électoral en Slovénie. Tous les quatre ans se tiennent effectivement dans ce petit pays des élections générales, sur le modèle parlementaire, qui doivent décider de la majorité à l’Assemblée nationale pour pouvoir ensuite décider du gouvernement et du contrat de coalition qui seront amenés à diriger le pays. Depuis 2020, c’était Janez Jansa, figure politique célébrissime, qui occupait la place de Premier ministre, à la tête d’un gouvernement des droites, c’est-à-dire regroupant les mouvances de droite libérale classique aux mouvements beaucoup plus réactionnaires et radicaux. Jansa est souvent présenté comme le poulain d’Orban – le Premier ministre hongrois – dans le pays, responsable de multiples attaques contre la presse libre et la justice indépendante, et farouche soutien de Donald Trump. Pour son utilisation excessive de Twitter, les Slovènes ont même peu à peu opté pour le surnom de Maréchal Twitto pour le désigner, le comparant en fait à feu le Maréchal Tito qui a longtemps gouverné la Yougoslavie dont la petite Slovénie était membre. Il était aussi, au-delà de ses attaques contre l’Etat de droit, extrêmement critiqué pour les affaires de corruption qui l’ont touché et ont touché ses proches de nombreuses fois ; mais encore pour son impulsivité, qui l’a par exemple conduit à considérer que Joe Biden avait perdu l’élection présidentielle américaine de 2020, ou encore conduit à écrire des tweets aux accents antisémites dont l’objectif était d’attaquer les eurodéputés. En fait, c’est la méthode de gouvernement de Jansa qui est extrêmement préoccupante et donc, mécaniquement, génère de la colère. Depuis 2 ans, il faut en effet avoir conscience combien les Slovènes se sont mobilisés dans la rue contre lui, ce qui est un événement politique de cette ampleur relativement rare dans le pays. La gouvernance de Jansa, qui n’était pas la 1ère mais la 3è en tout depuis l’indépendance du pays, constituait effectivement pour beaucoup une forme d’anomalie, les Slovènes étant très européens, occidentaux dans l’âme, et libéraux philosophiquement.
Et bien figurez-vous que Jansa a perdu l’élection, hier ! Et largement ! En effet, à 34 % pour le Parti de la Liberté de Robert Golob qui représente le centre-gauche écologiste, contre 23 % au Parti et à l’équipe de Jansa, c’est sans appel. Une coalition va donc devoir s’opérer pour les quatre années qui s’ouvrent, 46 sièges étant nécessaires pour contrôler l’Assemblée et le parti d’à peine 3 mois d’existence en ayant une trentaine ou une quarantaine d’assurés. Il faudra donc chercher les conditions pour une alliance, vraisemblablement avec les socio-démocrates qui ont fait entre 6 et 7 %.

A part en Hongrie, les leaders autoritaires défaits et l’idée européenne en progrès

Une chose est très claire : Orban a donc perdu un allié de poids en Europe, après avoir déjà perdu le Premier ministre Andrej Babis en Tchéquie du fait d’une affaire de corruption, ou même le chancelier autrichien Kurz.
Tout récemment, il y a justement aussi eu une élection générale en Hongrie où, malgré l’union derrière un seul et même candidat de l’opposition pour pouvoir peser face au Premier ministre Orban, ouvertement eurosceptique et pro-russe, ce qui en fait en fait le seul aujourd’hui dans l’Europe des Vingt-Sept dans cette situation…et bien ce dernier a tout de même remporté la mise, ironisant même, dès sa soirée de victoire, sur les Ukrainiens et les institutions de Bruxelles qu’il entendait bien continuer de mettre en cause. C’est sans dire combien cela écarte aussi Orban de son allié polonais qui, s’il porte un discours conservateur et eurocritique similaire au sien, ne supporte pas son attitude de complaisance vis-à-vis des Russes et le lui a fait savoir, d’autant que la Pologne accueille actuellement littéralement des millions de réfugiés d’Ukraine et craint pour sa survie et sa souveraineté avec un voisin russe aussi agressif.

L’isolement d’Orban est plutôt une victoire certaine de la construction européenne et de sa poursuite, d’autant qu’avec la pandémie et la guerre menée par la Russie en Ukraine, beaucoup s’accordent pour affirmer combien on n’a jamais autant eu besoin d’agir ensemble. Mais pour combien de temps ? Avec vingt-sept gouvernements, et avec l’exemple français d’avant-hier, on s’inquiète de façon permanente de ce qui pourrait advenir ici ou là dans les nations européennes politiquement.

Les rapports de force politiques en Union européenne en quatre blocs

On pourrait tenter de simplifier le paysage politique en composant 4 gros blocs :
– un bloc libéral, de centre-droit, en faveur de l’économie de marché et farouchement pro
européen ;
– un bloc de droite traditionnelle libérale et conservatrice ;
– un bloc très conservateur, autoritaire même ;
– et un bloc de gauche et de centre-gauche.

Le bloc libéral, de centre-droit : s’y trouvent la France avec Emmanuel Macron, le Luxembourg avec Xavier Bettel et, dans une mesure moindre, la Slovaquie de Eduard
Heger, qui est à la tête d’un gouvernement de coalition entre partis libéraux et partis issus de la droite traditionnelle. C’est sans faire mention rapide du fait combien, depuis les dernières élections européennes de 2019, le groupe libéral au Parlement européen s’est considérablement agrandi, du fait direct du pourcentage obtenu alors par la liste de la majorité présidentielle française.
Le bloc de droite traditionnelle : il se réduit peu à peu et se compose de la Grèce de Kyriakos Mitsotakis, qui a gagné face à la gauche incarnée par l’ancien Premier ministre Alexis Tsipras en 2019, ou encore la Roumanie du Premier ministre Nicolae Ciuca, la Croatie du Premier ministre Andrej Plenkovic (même si le pays a un système bi-partisan très en vigueur encore et passe d’une majorité politique à l’autre, à l’instar de la France il n’y a pas si longtemps encore…), la Tchéquie du Premier ministre Petr Fiala, l’Autriche du chancelier Karl Nehammer et enfin Chypre, avec son président Nikos Anastasiadis.
Le bloc très conservateur, autoritaire souvent, où se situent bien sûr la Hongrie du Premier ministre Viktor Orban, mais aussi la Pologne du président et du Premier ministre Andrzej Duda et Mateusz Morawiecki.
Le bloc de gauche et de centre-gauche : on peut le subdiviser en 2 blocs, c’est-à-dire entre les pays du Nord et ceux du Sud, d’une part les Allemands et les Scandinaves que sont les Suédois, les Finlandais et les Danois incarnant plutôt une gauche centriste et libérale ; et au Sud les Portugais avec Antonio Costa, les Espagnols avec Pedro Sanchez ou encore les Maltais avec Robert Abela. On peut prendre la peine d’ajouter la Bulgarie actuelle, qui a récemment été assez instable mais est dorénavant gouvernée par la coalition de centre-gauche du Premier ministre Kiril Petkov.

Les cas particuliers de la Belgique et de l’Italie, sans oublier l’Irlande et la Slovénie

Deux pays ont des situations très particulières du fait de leurs instabilités chroniques : la Belgique et l’Italie. La première est dirigée par le Premier ministre Alexander De Croo, à la tête d’une coalition qu’il a été très difficile de mettre sur pied (16 mois pour la constituer après les dernières législatives, tout de même, et un gouvernement de gestion des affaires courantes entre-temps) et dont le contrat de coalition s’intitule Vivaldi, parce qu’il réunit sept partis composés de libéraux, de socialistes, d’écologistes et de chrétiens-démocrates de la droite traditionnelle.
L’Italie est elle aussi dans pareille situation, puisqu’ayant à sa tête le président du Conseil Mario Draghi, ancien patron de la Banque centrale européenne, son gouvernement de coalition rassemblant de la gauche radicale à la droite extrême. Il faut bien dire qu’en dépit de soubresauts importants, ce modèle tient depuis environ 3 ans maintenant, avec parfois des saillies nationalistes, comme ce fut le cas du temps du ministre de l’Intérieur d’extrême droite Matteo Salvini.

Un autre pays difficilement positionnable politiquement est la République d’Irlande du Premier ministre M. Martin, puisque son gouvernement réunit les Verts, les libéraux, le Fianna Fail républicain libéral de centre-droit ainsi que le Fine Gael libéral démocrate-chrétien classique.
Enfin le cas de la Slovénie qu’on évoquait est-il assez nouveau, car on a encore du mal à classifier politiquement ce mouvement 3 mois d’existence seulement. Il se dit et de droite et de gauche, européen et écologiste. On pourrait vraisemblablement le classer parmi les libéraux, ou bien au centre-gauche. Une première pratique du pouvoir est à observer avant qu’on puisse en juger véritablement.

Au final, on constate tout de même que les mouvements illibéraux, c’est-à-dire très anti valeurs européennes des droits fondamentaux et du respect de l’Etat de droit, à l’exception certes très notable de la Hongrie, reculent partout en Europe. Attention néanmoins, ils reculent quant à l’accession au pouvoir, pas tant en nombre de voix, comme la situation française l’a démontré. On constate également qu’en l’espace de quelques années seulement, le visage politique des Etats membres de l’UE, et des institutions de l’UE elle-même, via le rapport de force instauré par son Parlement européen, a considérablement changé. Il y a encore peu de temps, par exemple, les socialistes et la droite traditionnelle étaient très forts en France, la gauche radicale dirigeait la Grèce, et l’Allemagne était un bastion conservateur.
Que peut-on attendre de cet équilibre politique ? Il a été indiqué que le président Macron réélu souhaitait renforcer encore la coopération franco-allemande au nom des Européens. Le chancelier Scholz et le président Macron se rencontreront donc sous peu, comme le veut d’ailleurs la tradition après l’élection d’un président en France. On peut espérer que les Français fassent enfin entendre aux Allemands l’extrême nécessité d’un embargo sur les importations de Russie de gaz et de pétrole, par exemple. Ce serait même très bienvenu.